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« On a bright, unseasonably warm afternoon in early December, Brandon Trescott walked out of the spa at the Chatham Bars Inn on Cape Cod and got into a taxi. »
Dans Gone, Baby, Gone (K/G #4), nos deux complices avaient été mandatés pour retrouver une fillette, Amanda McCready. Cette requête provenait de la tante d’Amanda, Beatrice. Helene, la mère d’Amanda, est, elle, une représentante de la misère sociale : absence d’éducation, de repères, de tout finalement, et donc incapacité totale d’élever un enfant. Mais, en tant que mère d’Amanda, elle a tous les droits sur son enfant.
L’intrigue de Moonlight Mile se déroule douze ans après l’enlèvement d’Amanda et son retour auprès de sa mère. Beatrice contacte à nouveau Patrick car Amanda a à nouveau disparu. « A l’insu de son plein gré » comme dirait l’autre, Patrick finit par accepter de retrouver la jeune fille.
J’ai aimé :
- Savoir ce qu’était devenu Amanda (bon ok, je le savais déjà puisque c’était une relecture mais il est vrai que la fin de Gone, Baby, Gone laissant un goût amer, il est toujours agréable de bénéficier d’une prolongation). C’est aussi l’occasion pour Patrick, en particulier, de revenir sur le passé et donc sur le regard que l’on porte sur nos choix.
- L’aspect bilan de vie. Plus de dix ans après le tome précédent, nos héros ont mûri ; leurs regards sur la vie est tout autre et en même temps, ils sont toujours les mêmes. Comme la plupart des gens, ils ont évolué, modifié leurs priorités, tirés des leçons de leurs expériences mais, intrinsèquement, leurs personnalités sont restées les mêmes (ce qui est normal) et Lehane montre bien, à travers leurs actes et propos comment ils gèrent ce nouveau palier de leurs vies.
- Le regard de Patrick sur la vie actuelle (cf les nouvelles technologies) et son influence, plutôt néfaste, sur les adolescents, soit à la fois une certaine critique de la marche du monde et une réflexion sur le rôle des parents (d’ailleurs l’aspect parents / enfants est un fil rouge du livre, certes sous-jacent, mais bien présent).
- L’intrigue très bien ficelée quoique tordue.
- Yefim, membre de la mafia d’Europe de l’Est (et oui, quand Bubba est en mission spéciale, il faut bien que je reporte mon « affection » sur un autre taré ;) ) et son maniement très personnel du vocabulaire.
J’ai moins / pas aimé :
- Me souvenir de l’intrigue quasiment au chapitre près, ma première lecture datant de la sortie VO du livre à l’automne 2010.
- Le manque de rythme, d’adrénaline. Les scènes d’actions sont peu nombreuses, l’essentiel du livre étant tourné sur l’étude de la personnalité de l’Amanda quasi-adulte (ce qui n’est pas inintéressant en soi mais confère à l’intrigue un déroulement un peu atone).
Extrait :
« I love my burdens.
For the first time in my life, I pitied my father. [… ] My father never loved his burdens because my father never loved anything. »
Finalement :
C’est un tome qui centre la réflexion sur l’individu et non plus vraiment sur la société comme c’était le cas auparavant et, même si cela a son charme, j’aurais préféré rester dans la lignée des tomes précédents. Cela n’aurait pas empêché Lehane d’introduire des digressions concernant les états d’âme de nos héros, comme il l’a toujours fait.
Ce n’est pas le tome du siècle et son attrait provient surtout de son côté « bonus » après six ans d’absence de notre duo. Mais c’était un tome nécessaire pour boucler la boucle, nous montrer des êtres apaisés qui ont fait la paix avec leurs démons. Donc, même si en matière de thriller, polar, roman noir, etc. on peut faire plus excitant, j’ai eu le sentiment que là n’était pas le but de Lehane et qu’il ne fallait pas lire ce volume comme les autres. A sa façon, ce livre a beaucoup de charme. Cependant, si un lecteur pressé se contentait de lire Gone, Baby, Gone puis Moonlight mile, ledit lecteur raterait complètement l’intérêt de la série et plus particulièrement de cet ultime volet.
« My injured left hand I closed over my wife’s and we walked up the small brick path to our home. »
Lecture commune avec Syl., Jeneen, et Scor13
Little, Brown, 2010, 372 pages
Site de l’auteur
Provenance : achat
« Dans ce rêve, j’ai un fils. »
Karen Nichols est une jeune femme qui ressemble à une publicité pour le bonheur. Lorsque un homme se met à la harceler, elle se tourne vers Patrick Kenzie pour l’aider. Ce dernier, assisté de Bubba, met fin au problème avec une efficacité légendaire.
Or, quelques mois plus tard, Karen Nichols se jette du toit d’un immeuble. Quand Patrick se renseigne sur sa vie des derniers mois écoulés, il découvre une femme totalement étrangère à celle qu’il a connue. Alors que la police et la famille de Karen considèrent l’affaire comme le point final d’une vie qui n’avait cessé de déraper ces derniers mois, Patrick ne peut se résigner à croire à tant de coïncidences.
J’ai aimé :
- N’avoir aucun souvenir de cette lecture. Cela m’a permis de vivre une redécouverte totale.
- La forte présence de Bubba (= scènes d’anthologie assurées) mais surtout l’accent mis à le présenter plus en détail. Jusqu’à présent, il était simplement un dingue ; dans ce tome, Lehane nous fait entrer dans son histoire, sa psychologie et révèle son intelligence « pratique », bien au-delà des apparences. Ainsi, même ce type de personnage accède à une certaine profondeur psychologique, et c’est passionnant.
- Le thème de l’intrigue : la manipulation. Cette histoire repose avant tout sur les émotions. Lehane s’en prend aux individus dont le seul plaisir dans la vie semble être de détruire celle des autres. Alors que tout le monde se fiche des raisons qui ont pu pousser la victime à se suicider, nos deux détectives veulent comprendre afin de tenter de lui rendre justice. Il y a là l’idée que, même si le mal a été fait, il ne faut pas renoncer pour autant à le pourchasser et cette motivation qui dépasse la raison a tout pour me plaire.
J’ai moins / pas aimé :
- Soit Lehane a un sérieux problème avec les Européens, soit je manque cruellement d’humour mais certaines de ses remarques ont tendance à me « choquer », et cela d’autant plus que ses romans démontrent à quel point il est attaché à voir le positif dans l’humain. Je ne comprends pas ce genre de paradoxe.
- La traduction est très bien mais du fait de l’importance de Bubba dans ce volume (il parle plus dans ce seul tome que dans les quatre précédents réunis), j’aurais aimé « entendre » sa vraie voix. C’est plus un manque de ma part qu’une critique.
Extraits :
« Vouloir être sauvée, dans un monde pareil … c’est comme prier pour qu’il pleuve… en plein désert. »
« Holly, elle fait partie de ces gens qui trouvent un sens à leur vie quand on a besoin d’eux. »
« Dès qu’un truc bouge, vous tirez. Vous vous posez pas de questions. Si c’est pas attaché, c’est pas un otage. Et si c’est pas un otage, c’est pas amical. Pigé ? » (Bubba dans le texte).
Finalement :
L’intrigue en elle-même n’a rien de spectaculaire (je comprends pourquoi je l’avais oubliée, même si d’autres facteurs entrent en compte) mais ce tome est marquant émotionnellement. Ce n’est pas une lecture qui vous met les nerfs à vif, ce n’est pas un livre impossible à lâcher avant la fin mais il s’en dégage une sorte de subtilité très appréciable.
« Mais le soleil avait commencé à perdre son éclat et la brise légèrement rafraîchie par l’ombre des arbres apportait avec elle une promesse de pluie. »
Lecture commune avec Syl., Jeneen, et Scor13
Rivages, 2004, 365 pages
Traduit par Isabelle Maillet
Prayers for rain (1999)
Site de l’auteur
Provenance : bibliothèque
« Long before the sun finds the Gulf, the fishing boats set out into the dark. »
Patrick et Angie sont engagés pour retrouver Amanda McCready, 4 ans, enlevée et introuvable par la police. Ils vont travailler en partenariat avec les détectives Poole et Broussard de la section « Crimes Against Children » créée par le lieutenant Doyle. Au fil des semaines, puis des mois, le mystère reste entier, voire encore plus incompréhensible qu’au départ. Nos deux privés nagent en pleine confusion… à un point qu’ils n’imaginent même pas.
J’ai aimé :
- L’humour. Je sais, je me répète, tome après tome, mais je n’avais pas souvenir que ce volume contenait des remarques aussi drôles. La cruauté des faits avait oblitéré cet aspect dans ma mémoire.
- Que Lehane nous propose des dilemmes terribles où se font face la loi et une forme d’éthique personnelle apparentée à l’idée de justice. Il nous questionne sur notre approche de la société, sur le jugement que l’on porte sur ses dysfonctionnements et éventuellement sur les actes que l’on commet par manque de confiance en sa capacité à réagir selon ce que l’on estime être juste. C’est définitivement le point fort de cet écrivain.
- L’histoire, très bien ficelée. Etant donné sa complexité, ce roman aurait pu être un bazar effroyable, or ce n’est pas le cas un seul instant.
- La VO : aaaaahhhh que c’était bon !! (j’en profite pour signaler que lire Lehane en VO nécessite d’avoir une bonne connaissance du vocabulaire criminel et de l’argot).
J’ai moins / pas aimé :
- Ce livre est partiellement basé sur des faits d’une horreur absolue et, bien que la plupart des bulletins d’informations ne sont pas moins pires que ce roman, j’ai du mal à « encaisser » certains des aspects les plus abjects de la société. Baigner dans une ambiance glauque sur tant de pages use le moral. Et je ne peux que souscrire aux propos d’un des personnages qui a tué un monstre (le terme d’être humain serait inapproprié) : « Hell’s too good a place for that bitch. » (en gros, l’enfer est encore un endroit trop agréable pour ce genre de personne – censure personnelle pour ceux qui auraient compris d’eux-mêmes ;) ).
Finalement :
Je savais que relire ce tome serait difficile et, même si la VO a peut-être mis un peu de distance entre certaines scènes et moi, ce fut une expérience assez terrible. Je ne remets pas en question le choix de ce sujet par l’auteur (faire ressortir la boue de notre société participe à son travail d’écrivain de roman noir) mais cette histoire atteint mes limites en termes de supportable.
Il n’en reste pas moins que ce tome-ci est certainement celui qui insiste le plus sur les rapports entre le système judiciaire (donc le droit) et l’idée que chacun se fait de la justice. Or il s’avère que c’est un thème qui me passionne et j’apprécie le traitement qu’en fait Lehane, nous laissant avec nos questions sans réponses …
« Without a moment’s pity. »
Lecture commune avec Syl., Jeneen, et Scor13
Bantam Books, 1999, 511 pages
Site de l’auteur
Provenance : bibliothèque





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