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« Quand le seigneur, connu aussi sous le nom de dieu, s’aperçut qu’adam  et éve, parfaits à tout ce qui se présentant à la vue, ne pouvaient faire sortir un seul mot de leur bouche ni émettre ne fut-ce qu’un simple son primitif, il dut sûrement s’irriter contre lui-même puisqu’il n’y avait personne d’autre dans le jardin d’éden qu’il pût rendre responsable de cette gravissime erreur, … »

 

A ceux qui ne connaissent pas l’auteur, le ton est donné dès la première phrase, voire même dès l’exergue que Saramago indique tirée du « Livre des absurdités ». Ce roman est de la même veine que L’évangile selon Jésus-Christ et il est tout aussi irrévérencieux. Saramago est décédé l’an dernier et s’il a rencontré dieu, je me plais à imaginer les discussions qu’ont ces deux-là !

 

Bien que l’ultime livre du Nobel 98 ne soit pas aussi incisif et fin que L’évangile selon Jésus-Christ, livre que je recommande plus que chaudement, on y retrouve l’idée que dieu est un sale type, capricieux, susceptible, manipulant ses créatures, complotant avec le diable, etc.

 

« … si le seigneur ne fait pas confiance aux personnes qui croient en lui, alors je ne vois pas pourquoi ces personnes devraient faire confiance au seigneur. » s’indigne Caïn observant la déchéance de Job et, d’une façon générale, face à la nécessité des croyants de prouver leur foi à dieu (sous peine de représailles …).

 

Cette fois, Saramago s’attaque à la bible et revisite certains de ses passages sous l’oeil de Caïn, faisant passer au statut de héros celui que dieu a dédaigné. Les différents épisodes sont présentés selon une chronologie délirante, faisant voyager Caïn dans le temps. Cet aspect n’est pas très réussi sur la forme même si j’imagine que, sur le fond, Saramago voulait peut-être démontrer que la bible est un ramassis d’anecdotes sans queue ni tête, ayant pour seul fil rouge les caprices et la méchanceté de dieu.

 

« L’histoire des hommes est l’histoire de leurs mésententes avec dieu, il ne nous comprend pas et nous ne le comprenons pas. » Voilà qui résume grossièrement l’enjeu du roman.

 

Il faut savoir que Saramago ne se contente de pas démolir gratuitement les textes bibliques (ou les évangiles pour le « précédent » roman). Bien au contraire, ses arguments amènent à réfléchir (moins pour ce roman que pour L’évangile…). Il raconte la même histoire que la bible mais sous un angle différent et … ça change tout ! Ajoutez à cela une bonne dose d’ironie et vous obtenez un livre agréable et facile à lire alors qu’a priori les évangiles et la bible ne font guère rêver.

 

« En ce temps-là les malédictions étaient d’authentiques chefs-d’œuvre littéraires, tant par leur force d’intention que par l’expression formelle en laquelle elles se condensaient … »

 

Tout comme Jésus dans L’évangile, Caïn essaiera de saboter les plans de dieu, écœuré par cet être qui utilise sa toute puissance pour mieux faire plier les hommes.

 

Encore une fois, si ce roman est très prenant, il ne m’aura pas autant captivée que L’évangile selon Jésus-Christ (vraiment, n’ayez pas peur de ce bouquin où Saramago déploie tout son art pour délivrer une œuvre profondément humaniste) mais il n’en demeure pas moins de la littérature de qualité comme savait si bien le faire Saramago. Avec son décès, le monde de la littérature a beaucoup perdu ; cet ultime roman en est la preuve, si tant est qu’il en fallait une.

 

« L’histoire est terminée, il n’y aura rien d’autre à raconter. »

 

 

 Parution française : 2011
Editeur : Seuil
Provenance : bibliothèque
Défi : “Combler les lacunes”

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Cette géniale illustration n'est pas libre de droits. © Kroustik

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