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Sensation - Arthur Rimbaud
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme
Mars 1870
in « Cahier de Douai »
Je hais les Femmes :
Elles me portent sur les nerfs.
Ce recueil est constitué de poèmes écrits à divers moments de la vie de Parker et rassemblés par la suite alors même que l’auteur ne les jugeait pas tous valables. Les poèmes présentés ici ont tous la même structure et ciblent successivement les femmes, les hommes, les actrices, la famille, … et même les livres : « Ils me fatiguent les yeux … ». Chaque sujet en prend pour son grade, de façon à la fois fort juste et piquante mais aussi parfois avec une certaine mauvaise foi qui frise la vacherie. Quand on lit : « Je hais les Raseurs : / Ils tuent ma joie de vivre ! », on a envie de rire en songeant que Parker n’était sûrement pas un modèle de joie de vivre (elle tenta de se suicider à plusieurs reprises).
Cet exercice est réjouissant et explique, au moins partiellement, pourquoi Parker était surnommée the wit (littéralement « l’esprit », dans le sens ou elle était particulièrement spirituelle).
La préface de Benoîte Groult, intitulée « Haïr ce que l’on aime », est vraiment intéressante. Elle dresse un portrait bref mais vivant de cette personnalité incontournable de son époque. Or mon intérêt pour Parker provient, à l’origine, de ce que cette femme inclassable fréquenta les écrivains que Gertrude Stein avait qualifiés de lost generation et parmi lesquels on trouve Fitzgerald mais aussi Hammett, Hemingway, etc. Un cercle littéraire s’était constitué à l’Hôtel Algonquin et, pour autant que je sache, Parker en était la seule représentante.
Pour en revenir au présent recueil (dont le titre est quand même dérangeant), je l’ai beaucoup apprécié, alors même que la poésie traduite est généralement bancale. Ayant trouvé sur Internet certains des poèmes dans leur version originale, je ne peux nier qu’ils sonnent un peu mieux que leur version traduite mais la nuance est faible et, très honnêtement, la traduction est vraiment réussie (de fait, j’en profite pour citer le traducteur : Patrick Reumaux).
J’ai aimé cette plume caustique, sans état d’âme et résolument moderne. En effet, les failles que pointent Parker sont intemporelles et nul doute qu’elle trouverait largement matière à massacrer le monde actuel dans de courts articles aux phrases acérées. Elle évoque notamment « [les maris] qui sont maîtres chez eux. / L’égalité des sexes est une information / Qui n’est pas encore parvenue à leurs oreilles. / A leurs yeux la femme parfaite / Est celle qui recoud les boutons avant même qu’ils soient décousus. » mais aussi : « les Artistes, … Ils vous énumèrent les couleurs d’un coucher de soleil / Comme s’ils voulaient vous le vendre. »
Et encore : « Il y a les Ecrivains, … Toujours en train d’exhiber les recoins de leur âme / Avec une « franchise brutale » … Cultivés à l’extrême, / Ils peuvent citer leurs propres œuvres des heures durant / Sans en omettre une syllabe. »
Et pour conclure, revenons au début : « Il y a les Femmes d’Intérieur … / Ce sont les pires / Chaque instant est ficelé de Bonheur … » et d’autres « Elles me conseillent de prendre, comme elles, les choses / du Bon Côté, / Ah, que deviendraient-elles si elles venaient à perdre leur sens de l’humour ?… / Et moi qui brûle de les étrangler !… / N’importe quel jury m’acquitterait. ». Je pense que vous avez saisi le principe.
Je ne peux que recommander la lecture de ce très court recueil délicieusement mordant. Quant à moi, j’ai fini par commander (alors que je suis fauchée, mais passons) L’extravagante Dorothy Parker de Dominique de Saint-Pern. En effet, au-delà de ses écrits, c’est le personnage qui m’intéresse, une femme complexe que j’aurais aimé côtoyé … quitte à faire les frais de ses piques !
Je hais les Etudiants :
Ils sont toujours dans mes pattes …
Parution française : 2002
Editeur : Phébus
Provenance : bibliothèque




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