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Your are free : stories – Danzy Senna
Riverhead Books, 2011, 219 pages

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Petite précision préalable : bien que ce livre n’existe pas, pour l’heure, en français, je suis persuadée qu’il sera traduit. En effet, Danzy Senna est l’auteur de deux romans et d’un récit (pas encore lu), tous trois traduits en français.

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Cette fois, Senna s’est attaquée à la nouvelle et nous propose ici huit textes aux thèmes multiples mais avec un point commun incontournable dans son œuvre : les couples mixtes et le métissage. Cela n’a rien d’étonnant quand on connaît l’histoire personnelle de Danzy Senna, fille d’une femme blanche et d’un homme noir. Or lorsque l’on voit des photos de l’auteur, on a beau deviner l’existence d’un métissage, on aura tendance à la classer comme Blanche. C’est un des points sur lesquels insiste le plus l’auteur dans ce recueil : la difficulté à cerner les origines ethniques de ses personnages et les tracas que cela cause à tous ceux qui tiennent absolument à vous coller une étiquette, vous ranger dans une case.

« That is, we each had one white parent and one black parent. And we’d each come out with enough features of one parent to place us in different categories. Hewitt had come out looking to the world like a black man, and I’d come out looking to the world like a white woman, so when we got together, it was like we were repeating our parents’history all over again. »

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Cela dit, le métissage pose également la question plus large de l’identité et les personnages s’interrogent eux aussi sur ce qu’ils sont. Comment se situer, surtout quand on subit l’influence du regard des autres ? L’apparence joue beaucoup dans ce type de questionnements et nos comportements envers les autres dépendent souvent de ce que l’on voit et donc de ce que l’on croit savoir sur eux… L’auteur en profite pour égratigner le melting-pot américain où tout le monde s’intègre avec bonheur : « Hewitt and I both hated The Cosby Show […] for the cloying sweetness of the vignettes pretending to be plots, for the surrealism of a rich black family who had no problem integrating into white America. »

En ce sens, ce recueil est très proche, dans sa thématique principale, du premier roman de Senna, Demi-teinte (Caucasia). Si la quête identitaire est déjà un sujet qui peut donner lieu à maintes histoires passionnantes, cela est d’autant plus le cas quand les choses se corsent.

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Mais, dans ce recueil, d’autres thèmes viennent se superposer à cette problématique principale, tous relatifs à la complexité des relations humaines, sans que la couleur de peau entre en jeu : les difficultés de la vie à deux (« a good relationship was made of two wholes, not two halves »), le célibat, choisi ou pas, les couples avec ou sans enfant et les conséquences que cela engendre, etc. Quelle que soit la situation, le regard de la société est au centre de chaque texte. Comme je l’écrivais plus haut, ce regard nous remet en question et les personnages de ces histoires sont souvent confrontés à la différence entre le regard extérieur et l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Tout cela donne lieu à des malentendus, y compris au sein des couples.

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Un autre point concerne le « statut » des personnages principaux. Il s’agit toujours de femmes mais certaines sont célibataires, d’autres mariées ; certaines sont mères, d’autres pas, etc. Là encore, la question de l’identité revient, en particulier pour les jeunes mères qui se demandent ce qu’est devenu leur moi antérieur, qui cherchent à reconstituer le fil des événements et à mettre de l’ordre dans leurs sentiments et dans leurs corps. Si les autres fictions de Senna mettent également en scène des femmes, c’est la première fois que je la sens si concernée par ce sujet : « Some women are born to play dumb, and some women are too smart for their own good. »

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Danzy Senna nous offre ici des textes profonds, d’une grande richesse et qui nous invitent à explorer les recoins de l’âme humaine et les relations entre individus. Que sommes-nous prêts à perdre pour poursuivre notre vie ? Qu’est-ce qui est le plus important : la fidélité à soi-même ou une vie paisible ? Qui sommes-nous ?

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Provenance : offre Priceminister

La présentation éditeur de ce recueil de nouvelles est tellement bien que je ne sais qu’écrire à mon tour. Elsa Osorio, pour moi, c’est l’auteur de ce superbe roman qu’est Luz ou le temps sauvage, roman sur la dictature militaire argentine des années 70-80. Nous retrouvons ce filon dans ce recueil, le second étant plus « obscur ». J’entends par là que certains textes (rares, heureusement) me sont passées complètement par-dessus la tête. L’éditeur parle de « fantastique » et d’allégorie ; une chose est sûre, je n’ai rien compris à ces textes-là et me garderai bien, dès lors, d’en parler.

 

A travers ces nouvelles et ces personnages marqués, Osorio présente diverses situations liées à la dictature. Nous y croisons des victimes, des bourreaux, des personnes aux profils moins tranchés aussi, pris en otage par un système politique qui étouffe.

Elsa Osorio évoque leurs relations à différentes époques : pendant les faits et / ou des années plus tard, des relations parfois ténues comme celle entre cet homme croisant par hasard le chemin d’une femme recherchée par la junte mais aussi des relations familiales, un père essayant de se justifier auprès de son fils ou encore, dans la première et lumineuse nouvelle, les rapports entre une jeune femme et son jumeau disparu.

 

Ce qui marque dans ces textes, c’est cette lueur d’espoir, cet optimisme qui ne veut pas céder, cette volonté de partir sur de nouvelles bases, dans un nouveau pays, de l’autre côté  de l’océan parfois. Cela n’empêche pas les cauchemars de se manifester, mais chacun essaie de retrouver une vie aux apparences normales.

 

Comme dans Luz ou le temps sauvage, l’auteur revient dans un texte sur les vols des bébés des « subversifs » emprisonnés / assassinés. Elle fait également référence aux procès de Madrid. Son œuvre engagée traite de thèmes qui me sont chers : les Droits de l’Homme, la lutte contre les dictatures, le rôle de la société civile, etc. Elle le fait à travers des personnages complexes où les sentiments se mêlent et se déchirent. Osorio nous fait partager leurs peurs, leur courage, leurs questionnements. Et c’est ainsi que ce patchwork de textes dessine le visage d’une époque qui, bien que révolue, n’a pas fini de laisser des traces.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Parution française : 2010
Editeur : Métailié
Provenance : bibliothèque
Site de l’auteur
Blog de l’auteur

 

Il est toujours difficile d’évoquer un recueil de nouvelles parce que chaque texte a sa personnalité, son attrait. Les treize histoires qui sont rassemblées ici ont pour point commun d’évoquer les silences, qu’ils soient le fruit de fâcheries, d’une déperdition de sens entre deux êtres ou d’un manque d’audace à aller vers l’autre. Elles nous parlent aussi des douleurs qui sont à l’origine ou qui découlent de ces vides.

 

A partir de scènes du quotidien, Frédérique Martin nous montre combien nous sommes seuls au plus profond de nous-mêmes, combien il suffirait de peu, parfois, pour que les êtres se rejoignent. Elle nous présente des situations classiques de non-communication mais aussi des silences qui relèvent du refoulement et sont donc si intimes que seules des décisions radicales peuvent y mettre fin. Il y a aussi les silences qui frisent l’autisme, coupant du monde les individus qui en sont porteurs.

 

A l’exception d’un ou deux textes qui m’ont laissée sur le bord de la route, j’ai vraiment apprécié ce recueil. Frédérique Martin ne fait pas dans l’esbroufe et vise juste. Elle n’a pas la prétention de donner des leçons, mais sait mettre le doigt là où ça fait mal, nous renvoyant parfois à nos comportements mesquins ou lâches qui peuplent l’ordinaire.

 

Dans ces textes, nous rencontrons des personnages sans doute croisés ailleurs en littérature mais le ton vivifiant qui parcourt ces nouvelles leur donne une saveur renouvelée. On y retrouve le plaisir qu’a l’auteur de lire à haute voix mais aussi sa personnalité, tournée vers la vie et les autres et qui, dès lors, ne peut s’empêcher de souligner dans ses nouvelles tout ce qui va à l’encontre de ces instants de partage entre les êtres.

 

Je vous engage à découvrir (et plus rapidement que moi qui faisait prendre la poussière à ce recueil depuis 2007 !) une femme qui s’étonne devant cet homme qui est son mari (« Un jour, je n’ai pas été assez attentive sans doute, je me suis retournée et il avait pris vingt ans. »), une autre qui se donne en spectacle pour avoir le sentiment d’exister, un lecteur mystérieux, un enfant mutique, un homme marqué par l’Histoire, une femme de poigne qui remarque que « la meilleure victime que l’on ait sous la main, c’est toujours soi », et bien d’autres encore.

 

Si ces nouvelles sont rarement tendres dans les faits, elles le sont souvent dans le ton. Elles sont parcourues par une humanité qui nous donnent parfois envie de serrer dans nos bras ces personnages déboussolés, de leur dire que tout va bien se passer, qu’il ne faut pas avoir peur.

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Parution : 2005
Editeur : Editions du Rocher
Provenance : PAL ( !!)
Le site de l’auteur

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Cette géniale illustration n'est pas libre de droits. © Kroustik

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