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Je ne vais pas rédiger une note de lecture sur ce livre car j’en suis bien incapable mais il mérite sa place ici à travers des fragments, des passages qui ont trouvé une résonnance en moi.

 

Les initiés raconte le destin de six personnages qui vont se croiser, six personnages plus ou moins intéressants. Je me contenterai de les présenter. Chacun, au cours de ce périple, sera confronté à son point de rupture et y apportera une réponse plus ou moins appropriée.

Jessica est une jeune Américaine en vacances en Crète avec sa famille. Archétype de l’enfant-ado occidental vivant protégé, elle rêve de se libérer de sa famille sans savoir pour autant ce qu’elle veut.

Niko est un jeune Crétois qui doit retourner dans son village après plusieurs années passées loin de ce monde fermé ou les questions d’honneur se traitent encore selon des traditions archaïques. Il a grandi dans un modèle patriarcal dont son grand-père est la clef de voute.

Lucas Gosschalk est un professeur hollandais passionné par la mythologie grecque. Il convoite une de ses collègues dont le mariage bat de l’aile. Cette femme qui semble si maîtrisée souffre de l’abandon de sa mère alors qu’elle était enfant et l’intérêt que porte son mari pour l’oeuvre de sa mère ne fait qu’alimenter leurs querelles.

Marten Siebeling est un adolescent, fils de Rina, la femme que courtise Gosschalk le lourdaud. Il est particulièrement lucide et intelligent. Il fait partie des quelques élèves accompagnant Gosschalk en Crète, suite à une décision de son père qui l’ennuie tout comme elle ennuie Gosschalk, mal à l’aise sous son regard.

Elina est LE personnage qui mériterait un livre à elle toute seule. Son histoire est passionnante à tous points de vue. En moins de 100 pages, elle écrase tous les autres par son parcours de vie et sa maturité. Femme multiple et unique, elle est tout simplement fascinante.

Enfin, Helmuth Sturm est un ancien Nazi qui est resté en Crète après la guerre, guerre qui a achevé de le ravager mentalement. Seule Elina arrive à (et essaie de) l’approcher. Il vit en ermite dans les montagnes.

 

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“… par tout ce que j’ai appris avec ton aide, il m’est apparu clairement que la vraie culture, c’est autre chose. Même si de ce point de vue, je ne vaux pas cher, je suis au moins sûr d’une chose : je ne veux pas qu’on me force à être ce que je ne veux pas. Je sais seulement qu’il est préférable de savoir qu’on ne sait pas, plutôt que de se mettre dans les brancards au service de quelqu’un ou de quelque chose …”.

 

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“L’Américaine avait été déconcertée par le flot d’émotions complexes qui l’envahissait ; elle avait subitement mesuré le vide qui la séparait du monde où cette danse était la vraie réalité ; un sentiment d’impuissance l’avait déchirée et s’était traduit par un acte d’opposition aveugle, le même sentiment qui, un instant auparavant, avait poussé Gosschalk à sa tentative de participation.”

 

“Il n’était donc qu’un homme de son époque, un intellectuel occidental vivant dans la hantise de l’ubris, tenaillé par des sentiments d’impuissance, fatigué de penser, malade de solitude, révolté contre la barrière de cérébralité s’interposant entre lui et l’Autre, cette forme plus vraie que la vie. Il était sanglé dans son enveloppe vulnérable, lui, l’homme civilisé, européen, citoyen néerlandais de la tête aux pieds… souffrant du mal typique de sa classe, de son milieu, qui consiste à fuir la réalité.”

  

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“ … ils osaient être eux-mêmes, réservés, allergiques aux futilités, terriblement sérieux quand il s’agissait des choses qu’ils considéraient comme vraiment importantes…”

 

” [Jessica] était sûrement un peu fêlée, mais sympathique aussi, il n’aurait pu dire pourquoi, peut-être parce que, tout en ayant l’air de planer, elle était à sa manière si incroyablement déterminée, si fidèle à ses choix.”

 

” Je crois qu’il y a des moments – et ce sont ces situations bizarres contre lesquelles se rebiffe le sens commun – où l’on perçoit, disons, un autre lien entre les choses… On l’entrevoit, on ne le comprend pas. Quelque chose en nous, de profond, situé hors de la portée du moi qui pense et agit, n’en a que l’intuition. … L’envers de la tapisserie, là où tous les fils se croisent et s’enchevêtrent, n’a pas moins de réalité que le côté que nous appelons “le bon”, … Parfois, il nous est donné de jeter un coup d’oeil sur l’envers…”

 

“Devenir un être humain, c’est pour moi : toujours et partout, viser cet équilibre, en bandant toutes ses forces, avec une vigilance constante. Un être humain : un organisme qui grâce à des facultés innées de raison et d’intuition peut rester en équilibre… C’est pour cela qu’il a été créé.”

  

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“J’avais oublié que … dans tous ces lieux où j’avais … cherché une libération, je n’avais rien découvert d’autre que le paysage immuable de ma conscience. Et que je le veuille ou non, ce paysage est fait de solitude, une solitude innée, qui se développe et se renouvelle toujours à partir de ce que je suis. Il m’a fallu une vie entière pour reconnaître que cette solitude m’était inhérente parce que je suis un être humain, donc condamnée à vivre à la charnière de contradictions inconciliables…”

 

” Souvent elle avait peint ou dessiné un autoportrait sur fond de solitude… le visage d’une femme qui s’était enfuie et ne pouvait plus revenir, qui, dans un balancement continuel entre l’angoisse et le courage, était portée vers une destination inconnue.”

 

” Elle comprit que toute sa vie, elle avait refusé d’être responsable de ceux qui dépendaient d’elle, pour ne pas être confrontée à cette vérité : depuis son enfance solitaire à Breskel, elle avait désiré avant tout être forte, de cette force qui donne à un individu la preuve continuelle de sa valeur, qui doit le délivrer d’une incertitude profondément ancrée en lui.”

 

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“… existe-t-il un juste milieu, ou est-ce seulement un nom pour le doute et la sottise ?
- C’est au milieu que se situe l’homme… il n’y a pas de règles, c’est une chose que chacun doit trouver chaque fois pour soi-même, sans l’aide de personne.”

 

“on ne pouvait rien refaire… [la vie d'Elina] était apparu[e] comme une série de tentatives de fuite, à travers d’incessantes métamorphoses physiques et morales…”

 

“… l’homme doit vivre en actes la conscience qu’il a de sa force régulatrice, de son aptitude à choisir, s’il veut être complet.”

 

Parution française : 2003 (VO : 1958 !)
Editeur : Actes Sud
Provenance : biblio

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