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Complément de titre : mon enfance derrière le rideau de fer

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La commémoration de la chute du mur de Berlin et, à sa suite, du rideau de fer, me tient à coeur. Tous les dix ans (1999 / 2009), je participe à une manifestation particulière, mais les autres années, j’essaie au moins de lire quelque chose en rapport avec le sujet au sens large du terme (la question des dictatures en général et des régimes communistes en particulier me passionne depuis la fin de l’adolescence).

Cette année, j’ai donc emprunté à la bibliothèque un “documentaire historique” et un album jeunesse. Je n’ai pas encore ouvert le premier du fait du retard pris dans mes lectures mais j’étais particulièrement curieuse du second, appréciant le style pictural de Sís (d’ailleurs, une fois n’est pas coutume, je vous renvoie sur Zozone pour visualiser quelques planches de cet album).

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Cet album est loin d’être parfait mais il me semble une bonne introduction, pour un enfant, sur le sujet de la guerre froide et de la vie sous un régime communiste. Du moins, ses illustrations peuvent servir de support à l’adulte qui souhaiterait pouvoir expliquer dans ses grandes lignes ce qu’était la guerre froide et faire découvrir à un enfant une page de l’histoire de l’Europe qui peut sembler inimaginable de nos jours. C’est d’ailleurs à ce titre que Peter Sís a conçu ce livre. En effet, émigré aux Etats-Unis, il a été confronté aux questions de ses propres enfants, nés sur place, qui  ne comprenaient pas très bien ce qui avait amener leur père à quitter son pays.  Peter Sís a estimé que le dessin était une façon plus efficace que le recours aux mots (même si cet album contient du texte) pour traduire ce qu’était la vie dans la Tchécoslovaquie communiste. Il insiste notamment sur l’endoctrinement qui caractérise toute dictature et, plus spécifiquement, sur l’utilisation des enfants (cf. La rédaction d’Antonio Skármeta), l’absence de liberté, l’oppression ressentie parce que chacun de nos gestes et de nos propos est épié, etc.

Pour avoir lu un certain nombre d’ouvrages sur ce sujet, je me permets de penser que cet album est d’une grande justesse en dépit de son côté autobiographique et donc automatiquement subjectif. Les dessins sont parlants, même s’ils ne se suffisent pas à eux seuls (et le texte étant écrit assez petit, l’album nécessite soit le recours à un lecteur adulte, soit un lecteur de fin de cycle 3 – estimation “à la louche”).

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Ce qui est, en revanche, un peu gênant (ou mal conçu), c’est le mélange entre le vécu de l’auteur et les explications historiques. Les deux sont mis en parallèle dans un ordre chronologique et l’on peut facilement se perdre à naviguer de l’un à l’autre, d’autant plus que cette double narration génère des redites. Il me semble qu’un album divisé en deux sections aurait été plus lisible.

A noter également une double-page illustrée que l’on pourrait qualifier de caricaturale. Elle nous montre une vue de haut représentant le mur et les deux côtés qu’il sépare. De chaque côté, sont inscrits en lettres capitales des mots supposés décrire le monde à l’Ouest et à l’Est et, malheureusement, l’auteur verse dans la caricature. C’est le seul moment où il le fait mais cela reste choquant.

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Au-delà de sa volonté d’expliquer son enfance, Peter Sís insiste sur le tournant que fut le printemps de Prague en 1968. A cette occasion, les jeunes comme lui qui n’avaient jamais connu autre chose que la vie avec le mur ont pu avoir un aperçu d’un autre monde. Ce fut indéniablement un tournant dans l’Histoire du pays, même s’il aura fallu attendre encore plusieurs décennies pour qu’enfin cette abomination qu’était la scission de l’Europe en deux prenne fin. Peter Sís parle d’espoir à travers l’utilisation des couleurs. Ainsi, la vie sous le joug communiste est-elle représentée au crayon noir avec des touches de rouge (drapeaux, foulards, …), tandis que chaque fois que l’espoir et les rêves surgissent, le multicolore fait de même. C’est aussi une façon de distinguer la pensée unique, caractéristique d’une dictature, de la liberté d’expression qu’offre une démocratie.

Aussi, en dépit de ses limites, cet album est intéressant et propose une approche simple d’une période de l’Histoire pas toujours facile à faire comprendre à ceux qui ne l’ont pas connue.

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Sur le même sujet, pour les adultes, avec un focus, cette fois, sur l’ex-RDA, je recommande le récit-enquête d’Anna Funder, Stasiland. C’est un livre qui semble être passé inaperçu alors qu’il est vraiment excellent. Il est paru chez 10/18 en 2009.

Grasset (jeunesse), 2007, 50 pages
Traduit par Alice Marchand
The Wall : Growing Up Behind the Iron Curtain (2007)
Provenance : bibliothèque

Pendant trois sessions, je vais mettre en valeur un sujet qui me tient profondément à cœur : la liberté d’expression. J’y ai même consacré un petit mémoire, il y a quelques années. Ce mémoire avait pour exergue cette phrase :

 

« La démocratie ne va pas de soi. Il faut se battre pour elle chaque jour, sinon nous risquons de la perdre. La seule arme dont nous disposions est la loi. » extrait tiré de Léviathan, Paul Auster.

 

La liberté d’expression est fortement liée à la nature du régime politique d’un Etat et la démocratie (la vraie s’entend, pas celle dont certains Etats se réclament tout en appliquant des mesures qui lui sont contraires) est, à mon sens, le meilleur système politique existant. Néanmoins, mon dernier article de cette série concernera les rapports entre les démocraties et la liberté d’expression.

 

Je voulais commencer par aborder ce sujet sous un angle a priori simple, en présentant un album jeunesse auquel je tiens énormément, non seulement pour son contenu mais aussi pour les souvenirs qui nous lient.

 

La rédaction – Antonio Skármeta, illustrations d’Alfonso Ruano
Syros jeunesse / Amnesty International, 2003, 40 pages
Traduction de Marianne Millon (excellente traductrice, au passage)

 

 

Pedro vit au Chili une enfance apparemment normale : il va à l’école, joue au foot avec ses copains, etc. Le soir, ses parents écoutent la radio avidement mais leur intérêt lui échappe. Pourtant, certains éléments, vont l’amener à prendre conscience que, dans son pays, il existe un certain danger, difficile à cerner de son point de vue, mais un danger bien réel.

L’essentiel est transmis, suggéré. Cet album fait prendre conscience de l’attitude précautionneuse qu’il faut constamment avoir quand on vit sous une dictature, y compris quand on est un enfant. Or un enfant ne devrait pas être mêlé à la politique, comme le laissent entendre les parents de Pedro à ce dernier. Mais, les dictateurs n’hésitent pas à profiter de l’innocence des enfants pour les manipuler.

Voilà un livre qui non seulement dénonce cela mais qui, en plus, montre que les enfants comprennent intuitivement les non-dits, les dangers, les interdits. Les illustrations témoignent d’une volonté de réalisme, comme s’il s’agissait d’un reportage, afin que l’on n’oublie pas que cette histoire n’est pas qu’une fiction.

 

C’est un livre dont je recommande vivement la lecture (à partir de 8-9 ans) avec un échange adulte / enfant car il s’avère nécessaire de contextualiser le récit d’un point de vue historique (période Pinochet). Je l’ai testé avec des enfants de 10-11 ans et leur intérêt a dépassé mes espérances. Les enfants s’y intéressent d’autant plus que Pedro est comme eux et ce qu’il vit les interroge, voire leur révèle une réalité dont ils n’avaient pas conscience, enfants bienheureux vivant dans un pays libre… même s’il faut garder à l’esprit les propos cités au début du billet.

La présentation éditeur de ce recueil de nouvelles est tellement bien que je ne sais qu’écrire à mon tour. Elsa Osorio, pour moi, c’est l’auteur de ce superbe roman qu’est Luz ou le temps sauvage, roman sur la dictature militaire argentine des années 70-80. Nous retrouvons ce filon dans ce recueil, le second étant plus « obscur ». J’entends par là que certains textes (rares, heureusement) me sont passées complètement par-dessus la tête. L’éditeur parle de « fantastique » et d’allégorie ; une chose est sûre, je n’ai rien compris à ces textes-là et me garderai bien, dès lors, d’en parler.

 

A travers ces nouvelles et ces personnages marqués, Osorio présente diverses situations liées à la dictature. Nous y croisons des victimes, des bourreaux, des personnes aux profils moins tranchés aussi, pris en otage par un système politique qui étouffe.

Elsa Osorio évoque leurs relations à différentes époques : pendant les faits et / ou des années plus tard, des relations parfois ténues comme celle entre cet homme croisant par hasard le chemin d’une femme recherchée par la junte mais aussi des relations familiales, un père essayant de se justifier auprès de son fils ou encore, dans la première et lumineuse nouvelle, les rapports entre une jeune femme et son jumeau disparu.

 

Ce qui marque dans ces textes, c’est cette lueur d’espoir, cet optimisme qui ne veut pas céder, cette volonté de partir sur de nouvelles bases, dans un nouveau pays, de l’autre côté  de l’océan parfois. Cela n’empêche pas les cauchemars de se manifester, mais chacun essaie de retrouver une vie aux apparences normales.

 

Comme dans Luz ou le temps sauvage, l’auteur revient dans un texte sur les vols des bébés des « subversifs » emprisonnés / assassinés. Elle fait également référence aux procès de Madrid. Son œuvre engagée traite de thèmes qui me sont chers : les Droits de l’Homme, la lutte contre les dictatures, le rôle de la société civile, etc. Elle le fait à travers des personnages complexes où les sentiments se mêlent et se déchirent. Osorio nous fait partager leurs peurs, leur courage, leurs questionnements. Et c’est ainsi que ce patchwork de textes dessine le visage d’une époque qui, bien que révolue, n’a pas fini de laisser des traces.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Parution française : 2010
Editeur : Métailié
Provenance : bibliothèque
Site de l’auteur
Blog de l’auteur

 

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Cette géniale illustration n'est pas libre de droits. © Kroustik

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