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« All children, except one, grow up. »

 

Parce que je me doutais fortement que la version de Disney était passablement édulcorée, parce que je me rendais compte que je ne connaissais qu’en surface le mythe du « garçon qui ne veut pas grandir », parce que lire un classique anglo-saxon n’est jamais tout à fait une perte de temps, j’ai fini par me décider à lire Peter Pan et, tant qu’à faire, en version originale, afin de préserver autant que possible l’esprit du texte.

 

Ce livre est plutôt indéfinissable, notamment parce que son public est difficile à cerner. Un enfant aura plaisir à se faire raconter des aventures imaginaires qui ressemblent fort aux siennes. Un adulte y verra une histoires aux multiples implications… et se souviendra peut-être également de son enfance.

 

L’adulte et la femme que je suis a eu le sentiment de lire quelque chose qui ressemble à un conte avec tout ce que cela implique. Un conte a de multiples niveaux de lectures. Un conte est cruel. Un conte confronte généralement les enfants et les adultes. Un conte se veut plus ou moins moralisateur. Un conte fait rêver. Un conte repose sur des stéréotypes. A cela j’ajouterai que le livre est daté et Barrie un être marqué par tous les préjugés de son époque (à ce titre, la fin m’a donné envie de hurler).

 

Peter Pan est un garçon égoïste, égocentré, manipulateur, pleurnicheur et j’en passe. Il s’introduit dans les rêves des enfants et finit par faire miroiter aux petits Darling (dites-moi que le choix de ce patronyme est ironique sinon je vomis) mille et une aventures s’ils le suivent à Neverland. En vérité, Peter souhaite avant tout convaincre Wendy, l’aînée et unique fille, ce qui fait enrager Tinkerbell, la pernicieuse fée Clochette. Car sur Neverland, Peter et sa bande de Lost Boys rêvent tous plus ou moins (et surtout sans le dire ouvertement) d’avoir une mère. Tinkerbell n’est pas spécialement douée dans ce rôle. Wendy sera une parfaite petite maman protégeant sa couvée de vilains garnements, reprisant des montagnes de chaussettes, s’occupant de la lessive, etc. Le tout avec un plaisir évident de jouer à la maman. C’est à ce moment-là que je remercie chaleureusement toutes les femmes qui se sont battues pour faire avancer nos droits et changer la société … même si les hommes qui pensent que la place des femmes est à la maison sont encore bien trop nombreux. Fin de la parenthèse.

 

Pour le reste, l’univers fantastique de Barrie est parfaitement conforme aux histoires où l’on joue à faire semblant. Les garçons de l’île y jouent tellement bien que l’on se demande quand même s’ils ne sont pas tous schizophrènes, hormis Peter pour lequel il n’existe pas de frontière entre la réalité et le jeu, ce qui est encore un autre problème. Barrie démontre aussi combien l’enfance n’est pas cette période angélique que certains auteurs s’acharnent à dépeindre. Pour Barrie les enfants sont certes innocents mais aussi sans cœur, de sales petits hypocrites dénués de toute conscience. Et il ne se gêne pas pour le prouver régulièrement.

 

En résumé, c’est un livre que j’ai vraiment apprécié pour sa capacité à embrasser un sujet dans sa globalité, c’est-à-dire l’enfance mais aussi les rapports que l’on entretient avec elle, sans parler de l’excentricité britannique toujours aussi délicieuse, mais qui m’a également gênée par son radicalisme et certains apartés de l’auteur témoignant d’une étroitesse d’esprit qu’il serait trop facile d’attribuer uniquement à l’époque.

 

« … and thus it will go on, so long as children are gay and innocent and heartless. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Parution originale : 1911
Editeur de la version lue : Penguin
Provenance : achat 2011
Défi : “Combler les lacunes”

« Ils ont eu une exquise pensée, mes étudiants et collègues de la Faculté : voici, précieusement relié et solennellement apporté, le premier exemplaire de ce livre d’hommage qu’à l’occasion de mon soixantième anniversaire et du trentième de mon professorat, les philologues m’ont consacré. »

 

 

Rarement un livre aura porté un titre correspondant aussi bien à ce qu’il m’aura inspiré. J’ai eu peine à croire parfois que ce court roman avait été écrit par Zweig. Je devrais savoir pourtant, depuis Lettre d’une inconnue, que le Zweig « sentimental » ne me convient pas car c’est peu dire que cette lecture m’a ennuyée.

 

Le narrateur est un professeur qui prend sa retraite. A cette occasion, il revient sur ses années où, étudiant, il s’enticha de son professeur d’anglais, cette passion étant à l’origine de son choix de carrière. Certes, Zweig décrit bien le processus ambigu de la passion et il est vraisemblable que si je n’avais jamais lu d’autres livres sur ce thème, j’aurais apprécié cette lecture. Comme ce n’est pas le cas, je me dois de constater que ce livre ne m’a rien apporté. Il n’est pas mauvais, juste inintéressant. Or on pourrait espéré que Zweig aurait su renouveler ce sujet ; de moins bons que lui y sont arrivés.

 

Si l’on ajoute à ce problème de fond, une tendance à abuser (et le mot est faible) de l’adjectif « brûlant », on obtient une lectrice au bord de la crise nerveuse. Dans ce livre, tout est « brûlant » ; j’ai même noté que par moments le mot apparaissait au moins une fois par page ! Comment un écrivain de cette trempe dont on ne peut mettre en doute la richesse du vocabulaire en arrive à ne pas trouver d’alternative à cet adjectif (et je refuse de faire porter tout le tort sur la traduction) ? Goolrick se contentait de faire brûler les rideaux de sa grand-mère. Zweig avait peut-être une frustration à assouvir … Toujours est-il que ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase de mon exaspération.

 

Pour conclure sur une note positive (et je reconnais que j’ai de la peine à écrire de telles choses sur un écrivain que j’admire), je recommande l’édition que j’ai lue. Elle propose une postface rédigée par Isabelle Hausser et intitulée Stefan Zweig et le monde d’hier. Hausser retrace la vie de Zweig en faisant notamment référence à son « autobiographie », l’enrichissant de ses commentaires et la prolongeant jusqu’au suicide de l’auteur. Cela m’a rappelé de bons souvenirs comme la malchance poursuivant Zweig lorsque ses pièces étaient mises en scène, mais aussi réconciliée avec cet homme, ce qui était nécessaire après cette lecture d’un ennui indescriptible.

 

 

« Mais aujourd’hui encore, comme le garçon incertain d’alors, je sens que je ne dois davantage à personne : ni à père et mère avant lui, ni à femme et enfants après lui – et je n’ai aimé personne plus que lui. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parution française : 1929
Editeur : Livre de poche
Provenance : achat 2011
Défi : “Combler les lacunes”

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Cette géniale illustration n'est pas libre de droits. © Kroustik

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