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Les Enfants de minuit – Salman Rushdie
(Midnight’s Children, 1981)
Livre de Poche, 1989, 670 pages
Traduction de Jean Guiloineau

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Pourquoi lire ce livre :

  • Vous aimez les sagas familiales et / ou l’Inde
  • Vous ne voulez pas mourir idiot(e)
  • Il a obtenu le Booker (1981), mais aussi le Booker des Bookers (1993) et encore le Best of the Booker award (2008) et ça, c’est juste pour le Booker Prize
  • Vous voulez briller dans les dîners en ville (l’auteur a eu sa tête mise à prix : tout le monde le connaît, peu de gens l’ont lu ; vous, si !)
  • Son adaptation ciné est en cours : autant lire le livre avant de voir le massacre film

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Mon avis :

Et c’est à ce moment-là que j’ai une irrépressible envie de me suicider en pensant à la tâche qui m’attend …

La 4ème parle de « saga baroque et burlesque » mais aussi de « pamphlet politique » et c’est, effectivement, un mélange des deux avec un glissement de la saga délirante vers une perspective nettement plus politique par la suite.

Les Enfants de minuit, c’est cette génération née le 15 août 1947, alors que l’Inde accédait à l’indépendance (à minuit, donc). Mais avant d’en arriver là, Rushdie retrace toute l’histoire de la famille du narrateur, Saleem Sinai – lui-même, enfant de minuit. C’est vraisemblablement toute cette partie qui m’a paru un peu longue, d’autant plus que ma connaissance de l’Histoire de l’Inde est très superficielle (avec, notamment, un sens de la chronologie à peu près inexistant). Cela dit, le livre a fini par m’embarquer et m’a donné envie de me renseigner, justement, sur l’Inde indépendante (en gros, la « dynastie » Nehru / Gandhi).

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Comme dans tout roman indien qui se respecte (Rushdie a la citoyenneté britannique mais il n’en reste pas moins Indien quand il écrit), les personnages foisonnent, les relations familiales sont plus ou moins inextricables et la narration zigzague allègrement d’une période à une autre. Bref, il faut bien s’accrocher à son siège avant de démarrer ! Cependant, ce roman a un réel avantage : ses chapitres sont courts et permettent des respirations régulières. Lire un chapitre par jour me semble un bon rythme pour en venir à bout (il y a 30 chapitres, comme 30 bocaux de chutney contenant les sentiments et souvenirs du narrateur).

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Mais je parle de ce livre comme d’un boulet alors qu’il est, en définitive, grandiose. J’ai commencé à l’apprécier quand j’ai pris conscience du projet de Rushdie, à savoir présenter l’évolution politique de l’Inde à travers la vie de son narrateur. C’est justement pour cela que je considère qu’avoir une faible culture de l’Histoire de l’Inde est handicapant (mais que les futurs lecteurs se rassurent : il suffit de connaître les temps forts de cette Histoire pour suivre pleinement l’évolution du roman). Rushdie s’amuse à nous faire croire que parce que son héros a, tel jour, fait telle chose, cela a eu une répercussion sur l’Inde entière. C’est généralement bien trouvé, d’autant plus que l’auteur sait rester léger quand il le faut. En outre, ce parallèle entre la vie de Saleem et celle de l’Inde est rondement mené. J’ai vraiment été épatée, vers la fin, dans un épisode à la fois horrible et époustouflant où les enfants de minuit et l’Histoire sont confrontés l’un à l’autre. Sans parler des pirouettes de l’auteur qui ne se perd à aucun moment dans son projet : c’est jubilatoire !

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Le principal obstacle de ce livre réside dans ses digressions et, paradoxalement, ces mêmes digressions sont parfois ce qui donne au roman une saveur si particulière. Ainsi, si j’ai eu du mal à entrer dans le récit, j’en ai eu tout autant à en sortir, n’arrivant pas à croire que j’allais quitter pour toujours ces personnages attachants et cette atmosphère singulière. Finalement, c’est une histoire très émouvante que nous raconte ici Salman Rushdie et dont je ne peux que conseiller la lecture.

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« Un jour, peut-être, le monde goûtera mes conserves d’histoire. Elles pourront être trop fortes pour certains palais, leurs odeurs pourront être trop violentes, des larmes pourront en venir aux yeux ; j’espère cependant qu’il sera possible de dire qu’elles ont le goût authentique de la vérité … qu’elles sont, en dépit de tout, des actes d’amour. »

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Provenance : PAL 2011

Défi : « Combler les lacunes »

Dans l’Inde d’aujourd’hui, Balram Halwai nous raconte comment il a réussi à devenir un entrepreneur de Bangalore, lui qui était voué à une existence misérable au fin fond de l’Inde ignorée.

 

 

J’ai aimé :

  • L’esprit, le message, du roman qui dénonce l’Inde actuelle, dont la modernité est tant vantée alors même que seule une minorité arrive à s’en sortir, que les castes existent toujours et que cette société est toujours aussi cruelle avec les individus qui la composent. C’est un roman politiquement incorrect et, évidemment, j’ai adoré cet aspect !
  • Que bien qu’il s’agisse d’un roman indien, on arrive à se repérer parmi les personnages ;-)
  • Le côté très moderne de l’intrigue. C’est un roman d’apprentissage dans l’Inde du XXIème siècle et je crois que de telles histoires sont rarissimes en littérature. En tant qu’occidentale, j’apprécie ce regard différent qui ne verse ni dans le misérabilisme, ni dans la béatitude, contrairement aux reportages habituels des média, voire d’autres œuvres littéraires.
  • La personnalité du narrateur et son évolution dans le temps : futé mais pas vantard (du moins pas au-delà de ce dont il peut réellement se vanter), intelligent dans le sens où il prend conscience de ce qui l’attend s’il ne prend pas en main son destin, fin stratège, ce qui implique aussi un minimum de cruauté dans la société concernée. Le narrateur nous montre que certains de ses choix étaient les seules options possibles dans une Inde corrompue et je le crois, ce qui nous fait revenir à la critique sociétale et générale qui fait la force de ce roman.

 

 

 J’ai moins / pas aimé :

  • Le ton, très cynique, m’a posé pas mal de problèmes pendant le premier tiers du livre, le temps de m’y habituer.

 

 

 Extraits :

 « J’ai cherché la clé pendant des années
 Mais la porte était ouverte. »

 

« Dès l’instant où vous reconnaissez ce qui est beau en ce monde, vous cessez d’être un esclave. » (Iqbal)

 

« … aujourd’hui, je suis maître de chauffeurs. Je ne les traite pas comme des serviteurs… Je ne les insulte pas en leur disant qu’ils sont de ma « famille ». Ce sont mes employés, je suis leur patron, c’est tout. Je leur fais signer un contrat, que je signe aussi, et nous devons, eux comme moi, l’honorer. »

 

« Chaque homme doit accomplir son propre pèlerinage de libération. »

 

« … ça valait la peine de connaître, ne serait-ce qu’une journée, une heure, une minute, le sentiment de n’être pas un serviteur. »

 

 

Finalement :

N’ayant pas lu les autres titres « shortlistés » pour le Booker 2008, je ne peux affirmer que ce prix est mérité, mais, pour un premier roman, on n’est pas loin du coup de maître. Reste, pour le lecteur, à surmonter ce ton, cette écriture très particulière car le fond est vraiment bien amené en dépit de quelques digressions ou répétitions pas toujours utiles. Irrévérencieux, ce texte est sans nul doute à tester par tout lecteur intrépide (aux frileux : abstenez-vous…).

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Buchet-Chastel, 2008, 320 pages
Traduit par Annick Le Goyat
The White Tiger (2008)
Défi : “Combler les lacunes”
Man Booker Prize 2008
Provenance : bibliothèque

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Cette géniale illustration n'est pas libre de droits. © Kroustik

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