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J’ai testé la semaine dernière l’audio-livre, très apprécié des anglophones, mais peu utilisé par les lecteurs francophones d’après mes observations.
Pour moi, l’audio-livre, c’était un produit destiné aux malvoyants ou aux paresseux. Et puis un livre c’est fait de papier et d’encre, c’est une réalité concrète, pas des voix immatérielles. Aussi, j’aime imaginer la voix des personnages et l’audio-livre vous impose des voix… qui ne correspondront peut-être pas à l’idée que vous vous en faisiez ou qui ne vous laisseront même pas l’opportunité d’imaginer ce qu’elles pourraient être. Enfin, un livre ça se lit, ça ne s’écoute pas.
Comme j’avais quand même conscience que mon raisonnement était un peu étriqué, j’ai voulu tenter l’expérience afin de pouvoir me forger une opinion plus objective.
Restait à déterminer les critères de sélection d’un livre susceptible de servir de cobaye. Tout d’abord, même si l’offre suit un développement exponentiel, elle reste plus limitée que l’offre papier. Ensuite, je ne voulais pas d’un livre qui m’intéresserait trop car je reste attachée à la découverte traditionnelle d’une histoire. Je voulais éviter que ce format inhabituel pour moi ne gâche ma découverte d’un livre qui me tiendrait à coeur. En outre, deux autres critères me paraissaient essentiels pour un début : la durée de l’enregistrement (je ne souhaitais pas qu’il dure plus qu’un CD, ayant peur de m’embourber dans une histoire trop complexe) et le nombre de personnages (là aussi, je souhaitais qu’il y en ait peu afin de ne pas passer mon temps à essayer de fixer les voix de chacun).
C’est ainsi que j’ai écouté la lecture de Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer. J’avais vaguement repéré ce livre. Il ne m’intéressait pas vraiment mais me semblait suffisamment tentant pour que j’ai envie de connaître son contenu. Pour mon avis sur le livre lui-même, voir ici.
Quant à l’expérience de l’écoute elle-même, voilà ce que j’en ai tiré :
1. mon idée selon laquelle il vaut mieux choisir un livre peu demandeur est validée. Le livre audio a pour avantage de permettre de mener une autre activité en même temps que l’écoute. De fait, notre attention n’est pas à son maximum et un livre exigeant serait gâché par l’exercice. Et, si on décide de focaliser son attention sur l’écoute et donc de ne rien faire d’autre, je continue à penser que le livre traditionnel est alors le meilleur vecteur (je précise que mes propos concernent des personnes pouvant lire évidemment, donc ayant le choix).
2. mon autre idée que le nombre de personnages est une donnée non négligeable est partiellement validée. En effet, le livre que j’ai choisi était “idéal” dans le sens où nous n’avions que deux personnages et qu’ils étaient de sexes différents, donc facilement identifiables. Ainsi, je n’ai pas eu besoin de me concentrer sur le “qui parle”. J’ai pour projet de tenter un audio-livre plus “complexe” de ce point de vue afin de vérifier ou pas si cet aspect est prépondérant dans la qualité d’écoute.
3. j’ai pu constater que c’était très agréable d’avoir quelqu’un qui vous lit un livre (et donc que je pouvais m’avérer paresseuse
), ce sur quoi je n’aurais pas parié, aimant maîtriser le rythme de lecture.
4. j’ai aimé les voix choisies mais c’est peut-être un coup de chance. Les deux personnes interprétaient très bien leurs personnages, les intonations, le débit, etc rendent la lecture très vivante et donc agréable (je ne parle pas de mon avis sur le livre lui-même).
5. je suis capable d’écouter (certes, d’une oreille) un texte lu et de mener une autre activité sans que chacune de ces deux tâches ne pâtisse de l’autre. Je n’ai pas raté un seul mot, j’ai parfaitement suivi les échanges (certes, d’un niveau assez bas mais enfin il faut bien commencer par un niveau de difficulté peu élevé) et je pense être aussi capable d’évaluer le livre qu’une personne l’ayant lu. En parallèle, je n’ai brûlé aucun habit, n’ai oublié aucun grain de poussière, n’ai pas plus mal rangé que d’habitude, etc.
6. la petite musique indiquant le changement de chapitre est casse-pieds. Rien n’a évolué dans ce domaine depuis mon enfance et ses livres accompagnés de supports audios où une clochette indiquait qu’il était temps de tourner la page. En ce qui concerne le livre que j’avais choisi, le bruitage, limité j’en conviens, était superflu. J’ai été consternée qu’à chaque début de chapitre nous devions subir la tonalité crispante du modem en train de se connecter … ce qui est dépassé depuis près de 10 ans quand même (le livre date de 2010 donc il n’a même pas l’excuse de son ancienneté).
Conclusion : dans son ensemble, l’expérience fut étonnamment agréable. Je compte bien renouveler ce mode de “lecture”. Reste à trouver d’autres livres correspondant à mes contraintes (parce que Millénium en 2 CD par tome ça ne me tente pas du tout !!). On trouve dans l’offre de mes bibliothèques pas mal de polars. J’ai du mal à comprendre comment on peut arriver à suivre le déroulement d’une enquête en écoute. Il faudra que je teste pour avoir des éléments de réponse. On y trouve aussi des classiques que ce soient des nouvelles de Maupassant ou des romans russes en x CD (comment ne pas perdre le fil dans ce cas ? Autant un livre permet de revenir en arrière facilement, autant avec un CD il faut retrouver la bonne piste mais peut-être est-ce simplement une question d’habitude). Et on y trouve des livres qui m’intéressent … mais qui sont empruntés aussi bien en version papier qu’audio
Si vous avez expérimenté ce mode de “lecture”, je serais curieuse d’avoir vos retours, voire vos conseils de livres à écouter.
Leo Leike reçoit par erreur plusieurs mails d’Emmi Rothner, une femme qu’il ne connaît pas et qui souhaite résilier un abonnement. Il lui signale sa méprise, elle s’excuse et au lieu que l’échange s’achève là tous deux vont, presque à leur insu, engager un dialogue à partir de mails d’abord décousus puis de plus en plus personnels jusqu’à ce que se pose la question d’une éventuelle rencontre.
Ce roman ne m’intéressait pas vraiment mais il me semblait que c’était un bon critère, justement, pour tester les audio-livres. En effet, l’histoire s’annonçait légère et donc éligible au livre-à-écouter-tout-en-faisant-autre-chose. Sur ces aspects, le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai été comblée.
La couverture de l’audio-livre annonce : « Leur dialogue, piquant, évolue peu à peu vers une intensité de sentiments et un lien troublant qui ne vous laissera pas indemne. » Là encore, je ne peux que m’incliner : je ne suis pas ressortie indemne de cette écoute. Ce fut une expérience affligeante. Quand je pense que cette histoire a été comparée au film Vous avez un message, j’en reste coite. Certes, les deux intrigues sont basées sur des échanges de mails entre deux inconnus et une possibilité de romance mais la comparaison s’arrête là (je ne dis pas que le film en question est une merveille du cinéma mais il n’accumule pas les faux-pas du roman de Glattauer).
En premier lieu, j’ai été horrifiée par les personnalités des protagonistes et en particulier par celle d’Emmi. Nous sommes en présence de deux trentenaires qui, sentimentalement parlant, en sont restés au stade de l’adolescence. Certaines répliques sont proprement ahurissantes (n’ayant pas la version papier je ne peux malheureusement ( ?) pas illustrer mes propos). Je comprends l’attente fébrile d’un mail, pas les comportements puérils. D’ailleurs, Emmi a un sérieux problème dans sa tête. Pour une femme « mariée et heureuse », comme elle se décrit, elle a une attitude qui laisse songeur ; les bourgeoises en manquent de sensations fortes ne font pas partie de mes personnages préférés, je l’avoue. J’ai souvent eu envie de distribuer des baffes.
En second lieu, « être la voix de l’imagination de l’autre » (celle-là je l’ai notée au vol tellement elle était prometteuse), cela va bien un certain temps mais les rêvasseries éternelles et les enfantillages ont leurs limites, tout comme la tactique du « un pas en avant, deux pas en arrière ». Imaginez, plus de 5 heures d’écoute pendant lesquelles nos deux correspondants jouent au chat et à la souris, sans même être un tantinet spirituels : l’enfer ! Cela va bien d’entretenir le suspense, de souligner la nuance entre les échanges à distance entre inconnus et la rencontre bien réelle qui peut anéantir tous les fantasmes, arrive un moment où il faut trancher. Or Glattauer esquive et choisit l’impasse : fatal error ! Cette technique est lassante, cela d’autant plus que les contenus des mails sont essentiellement des propos brefs, plus proches du tchat que de l’échange épistolaire en bonne et due forme.
Enfin, ce qui est vraiment énervant (en plus de tout le reste s’entend), c’est que l’auteur semble vouloir nous donner des cours de psychologie, et là, très franchement, ça fait pitié … J’aurais préféré une bluette qui s’assume, et que j’aurais esquivée n’étant pas amatrice du genre, au lieu de cette histoire absolument pathétique.
Pour conclure, je vous annonce le pire : il y a une suite ! Inutile de préciser que je ne laisserais pas Glattauer m’assener un coup fatal. Par chez moi, nous avons le vent d’Autan ; il est très pénible pour les nerfs mais pas autant que le vent du nord …
Je compte également rédiger un article sur les livres enregistrés parce que cet aspect mérite que l’on s’y attarde.
Parution française : 2010
Editeur : Audiolib (version enregistrée)
Provenance : bibliothèque


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