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« Mon vrai nom, c’est Marnus, mais lorsque Papa me parle, le plus souvent, il m’appelle « mon fils » ou « mon petit taureau », et Maman et lui aiment aussi m’appeler « mon petit négrillon ». »
Marnus, 10 ans, est Afrikaner. Son père est dans l’armée et aux yeux de Marnus, c’est le plus beau, le plus fort, etc. Aussi Marnus est-il complètement endoctriné et, jamais au grand jamais, il n’aurait l’idée d’ouvrir les yeux et de prendre deux minutes pour réfléchir par lui-même (ça pourrait lui griller un neurone, ce serait bête …). Certes, un enfant peut être très crédule mais, dans ce cas, que l’on n’en fasse pas le narrateur ou alors il faut, qu’à un moment donné, il y ait un déclic, un retournement de situation, sinon son point de vue est ennuyeux comme un automne pluvieux. Et, même si pendant un quart de journée, à la toute fin du livre, Marnus entrouvrira les yeux (ce qui lui fera même dire : « Je me sens comme quelqu’un qui a peur de tout. Et qui n’a peur de rien. »), on a envie de le secouer, comme le tentera sa sœur : « Marnus… pourquoi tu ne te forces pas à grandir ? C’est la seule chose qui pourrait te sauver. »
Ilse, la grande sœur de Marnus, a eu l’occasion de séjourner aux Pays-Bas. Il est suggéré que depuis son retour, elle porte sur son pays un regard pas toujours en phase avec celui de ses parents (et donc de son frère) et a de plus en plus de difficultés à faire comme si l’Afrique du Sud était un pays comme les autres, sans Apartheid. Voilà pour les grandes lignes de « l’histoire ».
J’ai sélectionné ce roman car il proposait un regard sur l’Afrique du Sud porté par des Afrikaners, ce qui, selon mon expérience, est assez rare en littérature (mais si vous avez de bonnes références, je suis preneuse). J’espérais un texte fort, dénonçant une sale mentalité de façon subtile, une intrigue sinueuse, jouant avec les frontières, mettant le lecteur dans une position un peu désagréable, etc. Bref, j’espérais un satané bon bouquin et je me suis retrouvée avec une histoire d’une banalité sans nom qui se contente d’affirmer combien ces gens sont hypocrites, comme si c’était la révélation du siècle. Ajoutons que l’intrigue est racontée par un gamin ayant autant de personnalité que mes plantes vertes. Par conséquent, des événements à potentiel sont gâchés par un traitement transparent. Le tout est, en outre, servi par un style qui m’a donné envie de pleurer. J’ai eu le sentiment de lire une rédaction bien scolaire (certes sans fautes), jusqu’au moment où une rédaction du narrateur est intégrée au récit principal. Et bien, cette rédaction (qui figure dans le journal de l’école de ce petit morveux) est nettement mieux rédigée que tout le reste du livre ! Je comprends que lorsqu’un auteur choisit de faire parler un enfant de 10 ans, il adapte son style mais il ne faut pas non plus « sous-jouer » sous peine d’écrire un texte aussi insipide qu’une rédaction d’un enfant de primaire (ce que personne n’a envie de lire, à moins d’être le géniteur dudit gamin). J’ai récemment lu Room qui a pour narrateur un enfant de 5 ans bien plus éveillé et intéressant que Marnus : cherchez l’erreur ! A la lecture de ce roman, j’ai repensé à la phrase de Kafka selon laquelle « un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous ». Je recherche la hache …
Pour conclure, laissez-moi vous parler d’un petit « bonus ». Au dos du livre figure un blurb signé Coetzee. Un blurb, pour résumer, c’est un avis élogieux de quelques mots signé d’un écrivain connu. Ce mot, à la sonorité si élégante, se rapporte à une pratique de plus en plus utilisée par les éditeurs. En ce qui me concerne, cela agit plutôt comme un repoussoir mais si Coetzee, écrivain que je respecte et non pas seulement que j’apprécie, me dit que cette « histoire [est] captivante et troublante », je le prends comme un encouragement. De fait, je me pose désormais des questions :
1. Suis-je passée à côté du livre (mais alors vraiment à côté) ?
2. Coetzee a-t-il été payé (très cher) pour écrire cela ?
3. Coetzee et moi avons-nous lu le même livre ?
4. Y a-t-il eu une inversion de blurbs chez l’éditeur ?
Si la bonne réponse est la première, merci d’éclairer ma lanterne…
« C’est une journée parfaite, exactement comme hier. Un de ces jours qui fait dire à Maman : la main du Seigneur est posée sur False Bay. »
Parution française : 2010 (VO : 1995)
Editeur : JC Lattès
Provenance : bibliothèque
Leo Leike reçoit par erreur plusieurs mails d’Emmi Rothner, une femme qu’il ne connaît pas et qui souhaite résilier un abonnement. Il lui signale sa méprise, elle s’excuse et au lieu que l’échange s’achève là tous deux vont, presque à leur insu, engager un dialogue à partir de mails d’abord décousus puis de plus en plus personnels jusqu’à ce que se pose la question d’une éventuelle rencontre.
Ce roman ne m’intéressait pas vraiment mais il me semblait que c’était un bon critère, justement, pour tester les audio-livres. En effet, l’histoire s’annonçait légère et donc éligible au livre-à-écouter-tout-en-faisant-autre-chose. Sur ces aspects, le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai été comblée.
La couverture de l’audio-livre annonce : « Leur dialogue, piquant, évolue peu à peu vers une intensité de sentiments et un lien troublant qui ne vous laissera pas indemne. » Là encore, je ne peux que m’incliner : je ne suis pas ressortie indemne de cette écoute. Ce fut une expérience affligeante. Quand je pense que cette histoire a été comparée au film Vous avez un message, j’en reste coite. Certes, les deux intrigues sont basées sur des échanges de mails entre deux inconnus et une possibilité de romance mais la comparaison s’arrête là (je ne dis pas que le film en question est une merveille du cinéma mais il n’accumule pas les faux-pas du roman de Glattauer).
En premier lieu, j’ai été horrifiée par les personnalités des protagonistes et en particulier par celle d’Emmi. Nous sommes en présence de deux trentenaires qui, sentimentalement parlant, en sont restés au stade de l’adolescence. Certaines répliques sont proprement ahurissantes (n’ayant pas la version papier je ne peux malheureusement ( ?) pas illustrer mes propos). Je comprends l’attente fébrile d’un mail, pas les comportements puérils. D’ailleurs, Emmi a un sérieux problème dans sa tête. Pour une femme « mariée et heureuse », comme elle se décrit, elle a une attitude qui laisse songeur ; les bourgeoises en manquent de sensations fortes ne font pas partie de mes personnages préférés, je l’avoue. J’ai souvent eu envie de distribuer des baffes.
En second lieu, « être la voix de l’imagination de l’autre » (celle-là je l’ai notée au vol tellement elle était prometteuse), cela va bien un certain temps mais les rêvasseries éternelles et les enfantillages ont leurs limites, tout comme la tactique du « un pas en avant, deux pas en arrière ». Imaginez, plus de 5 heures d’écoute pendant lesquelles nos deux correspondants jouent au chat et à la souris, sans même être un tantinet spirituels : l’enfer ! Cela va bien d’entretenir le suspense, de souligner la nuance entre les échanges à distance entre inconnus et la rencontre bien réelle qui peut anéantir tous les fantasmes, arrive un moment où il faut trancher. Or Glattauer esquive et choisit l’impasse : fatal error ! Cette technique est lassante, cela d’autant plus que les contenus des mails sont essentiellement des propos brefs, plus proches du tchat que de l’échange épistolaire en bonne et due forme.
Enfin, ce qui est vraiment énervant (en plus de tout le reste s’entend), c’est que l’auteur semble vouloir nous donner des cours de psychologie, et là, très franchement, ça fait pitié … J’aurais préféré une bluette qui s’assume, et que j’aurais esquivée n’étant pas amatrice du genre, au lieu de cette histoire absolument pathétique.
Pour conclure, je vous annonce le pire : il y a une suite ! Inutile de préciser que je ne laisserais pas Glattauer m’assener un coup fatal. Par chez moi, nous avons le vent d’Autan ; il est très pénible pour les nerfs mais pas autant que le vent du nord …
Je compte également rédiger un article sur les livres enregistrés parce que cet aspect mérite que l’on s’y attarde.
Parution française : 2010
Editeur : Audiolib (version enregistrée)
Provenance : bibliothèque



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