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« Les voisins du dessus ont acheté un karaoké pour leurs gosses. »
Ce court roman peut se lire de deux façons. On peut y voir un livre noir, déprimant. On peut aussi y voir un livre jubilatoire et émouvant (et ce fut mon cas). Le ton est féroce. Si l’humour de Gardell vous touche, cette férocité vous semblera à la fois justifiée et inoffensive sinon, vous n’y verrez qu’un ton sans pitié pour des personnages qui ne sont pas pires que les autres humains et qui, par conséquent, n’en méritent pas tant.
C’est un roman d’une grande justesse où Gardell épingle les travers de la vie moderne, une vie souvent sans saveur, marquée par un quotidien sans surprise, d’une banalité effrayante, en somme, tant tout est standardisé, aseptisé, émotions comprises. C’est une vie marquée par la pression de la société, notamment durant la période des fêtes où faire preuve d’enthousiasme est bien le minimum.
Pia, trentenaire célibataire, est pétrifiée par cette idée : « j’ai-plus-de-trente-ans-et-n’ai-trouvé-personne-avec-qui-vivre-et-dois-avoir-des-enfants-avant-qu’il-ne-soit-trop-tard ».
Anna et Hakan, mariés depuis dix ans, sont englués dans la routine du couple marié avec enfants. Ils ne tiennent pas à se faire distancer par la société de consommation, par les tendances en général (et pour cela ont acheté des mobiles uniquement parce qu’il leur semblait important d’en avoir). Hakan est notamment obsédé par l’enregistrement et l’archivage des événements familiaux dans le seul but de se réconforter, car « le vécu, c’est quelque chose qu’on collectionne ». Quant à Anna, elle tient à pratiquer telle activité ou aller en vacances dans tel endroit uniquement dans le but de « faire comme tout le monde ».
Henning, enfin, est un vieil homme qui écrit au courrier des lecteurs d’un journal pour faire valoir des opinions sur n’importe quel sujet, une façon de se donner une importance que son entourage ne lui accorde pas.
Tous ces personnages donnent le sentiment de survivre et non de vivre. Ils avancent dans la vie comme des automates, n’ont plus de repères personnels, ont perdu le contrôle mais ils ne savent plus quand, ni comment ils en sont arrivés là.
« Et un jour de plus quitte notre vie et ne revient jamais. » Gardell pointe le gâchis de vies non vécues, subies plus ou moins consciemment et souvent marquées par des angoisses multiples et diffuses qui pourraient être évitées. Le regard de l’auteur est formidablement rendu par un style décapant et habile. Absolument jouissif !
« Et rien ne sera plus comme avant. »
Parution française : 2000
Editeur : Gaïa
Provenance : PAL
(lu en décembre 2010)
N.B. : la traduction de la version 10/18 est assez horrible par moment. J’emprunterai peut-être l’édition Gaïa à la biblio (les traducteurs sont différents).



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