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Avec une pensée particulière pour celle qui m’a initiée à l’univers d’Ogawa …

 

A noter que le cadre de la photo a un rapport avec un des textes.

« Un aphorisme prétend qu’un vrai gentleman ne dit pas un mot des femmes avec qui il a rompu ou des impôts qu’il doit payer. »

 

Avant toute chose, je précise que ce livre n’est pas un roman. Aussi l’écriture de Murakami est-elle différente de celle que l’on rencontre dans ses œuvres de fiction. En ce qui me concerne, c’était un atout étant donné que j’ai pris mes distances avec son œuvre, mais j’imagine que ses fans pourraient être déçus s’ils nourrissaient de fausses attentes.

 

Je ne sais pas si Murakami savait dans quoi il s’embarquait en écrivant ce récit ; toujours est-il qu’il en ressort une véritable réflexion sur la vie, sur ce que nous sommes, ce à quoi nous aspirons, etc. J’écris « nous » mais lui dit « je ». Cependant, en nous faisant partager son expérience de la course et les réflexions qu’elle lui inspire, Murakami a écrit un texte qui pourrait être qualifié, sous certains aspects, de philosophique. Ce récit a beau être personnel, il n’en a pas moins une portée universelle. Il m’a d’autant plus touchée que je me suis reconnue parfois dans le portrait de l’auteur, mais surtout dans ses interrogations, ses idéaux, ses convictions (et son amour pour Gatsby le Magnifique… ).

 

Ce récit qui se lit très vite est pourtant dense. Même si l’auteur y évoque avant tout sa pratique de la course, il la met en relation avec son travail d’écrivain mais aussi avec sa propre personne. A travers cet écrit, il nous révèle la profondeur de son être et j’ai beaucoup aimé ce que j’ai appris sur lui. Je savais déjà qu’il était une personne intéressante au-delà de son métier car, au cours de recherches pour un travail universitaire, j’étais tombée sur un article où il n’avait pas hésité à donner son opinion sur la situation entre Israël et la Palestine. Il se voyait alors remettre un prix littéraire israélien et ses propos étaient d’autant plus marquants que les Japonais, en général, évitent de parler de politique.

Tout cela pour dire que même si l’œuvre de Murakami ne m’intéresse plus tellement, l’écrivain continuait de m’intéresser en tant qu’être humain. Pourtant, je n’ai pas sauté sur ce livre lors de sa parution pour diverses raisons. Si ce livre est finalement arrivée dans mes mains, c’est encore par le biais d’un article qui ne disait rien de plus que la 4ème de couverture mais, ce jour-là, j’ai senti que j’étais dans un état d’esprit qui correspondait avec les promesses de ce livre. Je ne m’étais pas trompée. C’est pourquoi il est très difficile de recommander cette œuvre car sa réception par le lecteur dépend, plus que pour d’autres livres, de sa propre personnalité mais aussi de son état d’esprit du moment.

 

Je ne suis pas du tout amatrice de course à pied mais cela n’a pas été un frein à mon plaisir de lecture. En effet, si Murakami part de cette expérience (qui est, certes, le fil conducteur du livre même si l’auteur rappelle qu’à un certain point il a pris conscience que son entraînement ne devait pas prendre le pas sur son métier), il en tire des leçons qui dépassent largement ce cadre. Ce récit nous parle de la vie, tout simplement. Comment se dépasser en général, se donner des objectifs et les moyens de les atteindre, accepter le processus de vieillissement, la douleur (mais pas la souffrance : « Pain is inevitable. Suffering is optional. »), etc. Il nous ramène finalement au célèbre « Connais-toi toi-même », la course ayant permis à l’auteur de mieux prendre la mesure de son être. Et ses retours d’expérience sont définitivement intéressants. S’il semble les avoir notés pour lui-même, ils profitent également au lecteur. Murakami ne prétend pas révolutionner nos vies par ses réflexions, sa seule ambition semblant être, au-delà d’une mise à plat destinée à sa propre personne, de partager. C’est le sentiment qui m’a le plus marquée au cours de ma lecture, cette sensation de dialogue entre l’auteur et son lecteur, entre deux êtres humains, égaux. Ce récit est véritablement une réussite et je suis reconnaissante à l’écrivain d’avoir écrit sur l’homme.

 

 

 « Voilà ce qu’à ce jour je voulais dire. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Parution française : 2009
Editeur : Belfond
Provenance : bibliothèque

« Quand je suis arrivée au chalet, tout autour il faisait déjà nuit. »

 

Ruriko s’enfuit au chalet familial sur un coup de tête, lassée de l’infidélité et de la violence de son mari. Là, elle espère trouver du répit, et, d’une certaine façon, elle va effectivement pouvoir se ressourcer dans cet endroit isolé, au cœur de la nature.

Son plus proche voisin, Nitta, fabrique des clavecins, aidé par Kaoru. Ruriko se lie rapidement avec eux et, dans un premier temps, ces relations lui apportent l’apaisement qu’elle cherchait.

 

« … nous avons parlé de toutes sortes de choses. Du roman qui nous avait le plus émus. De nos souvenirs de voyages. De notre premier amour. De la manière de vivre une journée idéale. »

 

Mais, si Nitta et Kaoru se sont également installés dans ces montagnes, c’est parce qu’eux aussi ont des blessures à panser et ils se sont plus « réfugiés » qu’installés au cœur des bois. En outre, leur passion commune les rapproche d’une façon qui, par défaut, exclut Ruriko, quelle que soit leur bonne volonté et leur gentillesse à son égard.

 

« … ils s’apaisaient mutuellement avec une douceur invisible pour les yeux. […] La joie secrète que j’avais éprouvée jusqu’à la veille avait roulé dans un coin de mon cœur comme une misérable mue. »

 

Ce livre m’a profondément touchée. Il parle du cœur humain, de sa fragilité, de ce que nous ne contrôlons pas et qui nous déstabilise. C’est un roman marqué par la douleur et, en même temps, l’écriture d’Ogawa le rend « cosy » ; le lecteur se sent lui aussi dans un cocon protecteur au sein duquel se joue des drames : ce roman est un oxymore.

Les thèmes et symboles chers à l’auteur parsèment le livre. Au hasard, citons l’importance des sens, l’insolite, la douleur physique et morale, l’eau sous toutes ses formes (neige, pluie, étang … et évidemment piscine !), l’attachement aux détails, les métiers médicaux (le mari de Ruriko est ophtalmologiste) ou particuliers (Nitta est facteur d’instruments, Ruriko calligraphe).

 

Ce roman ressemble à une bulle, non seulement parce qu’il m’a absorbée entre ses lignes mais aussi par sa complétude. Il ne présente aucune aspérité tout en ayant du caractère. Ogawa prend le temps de développer un univers riche que ses courtes histoires ne permettent pas de faire mûrir et, en prime, son style peut lui aussi s’épanouir pleinement (j’ai recopié une bonne vingtaine de passages dont certains sont juste « beaux »). Elle nous offre le parcours d’une femme déstabilisée qui va suivre un chemin tortueux pour essayer de reprendre contact avec la vie et avec elle-même. Ruriko va s’accrocher à Nitta car elle croit qu’il peut la sauver. 

 

« Moi aussi je voulais aborder un nouveau territoire où tout me serait accordé. »

 

La solitude intérieure de Ruriko semble insondable. Pendant un moment, Ruriko paraît même perdre pied.

 

« Je venais brusquement de me rendre compte que j’étais complètement seule. Je n’avais pas d’endroit où aller. »

« Je n’étais reliée à aucun monde. »

 

Et cela lui arrive alors même qu’une ébauche d’avenir lui est offerte et qu’une main se tend vers elle.

 

« Je savais qu’un jour il me faudrait sortir de ce gouffre du monde. Je savais aussi que je ne pourrais rester éternellement à l’abri. »

 

« On n’est conscient que d’une infime partie de ses propres capacités. Tout au fond se cache en réalité une capacité démultipliée… Alors il faut être courageux et se dresser devant le champ de l’inconscient. »

 

La musique est primordiale dans ce livre dont le titre est emprunté à une pièce pour clavecin de Rameau. Les tendres plaintes traduit bien les souffrances du cœur et le vent qui souffle autour du chalet semble ajouter sa voix au trio. Tout comme les chemins du cœur sont mystérieux, la musique apparaît comme surnaturelle.

 

« Les résonances du clavecin me parvenaient toujours d’un endroit lointain auquel je n’avais pas accès. Je n’arrivais pas à croire qu’elles provenaient de la petite caisse que j’avais sous les yeux. J’avais l’impression que la véritable source du son se trouvait aux lointains de l’espace et que Kaoru ne faisait que déchiffrer le code secret dissimulé sous le clavier. »

 

Ce très beau roman intimiste offre une peinture de l’âme particulièrement réussie. Rien n’est jamais définitif, en bon ou en mal…

 

 

« L’interprète jusqu’à la fin n’avait pas joué Les Tendres Plaintes. »

 

 

* et je me rends compte, au moment de la publication, que j’ai oublié de prendre en photo le livre, tout juste rendu à la bibliothèque, et dont la couverture est superbe *

 Parution française : 2010 (VO : 1996)
Editeur : Actes Sud
Provenance : bibliothèque

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