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Parce que l’Irlande est un pays qui m’intéresse particulièrement, j’avais envie de marquer ce jour.
Vous trouverez dans la catégorie « Irlande » de ce blog, deux billets relatifs à des livres d’écrivains irlandais, que le livre traite ou pas d’une question propre à l’Irlande.
Cela dit, j’ai lu bien plus de livres que cela d’écrivains irlandais l’an dernier, ainsi qu’un livre sur la guerre d’indépendance rédigé par un Français. Pour fêter ce jour, je me propose de livrer en fin d’article les reviews déposées à l’origine sur goodreads mais pas ici. Je vous livre également un résumé de mon avis sur le livre de Chalandon, Retour à Killybegs, avis que je n’avais jamais pris le temps de rédiger et enfin mes impressions sur un roman lu en 2010.
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Je vous invite également à vous rendre sur mon blog de nouvelles et à cliquer sur le tag « Irlande » pour avoir un panorama plus complet. En outre, j’ai posté une nouvelle note de lecture concernant une nouvelle irlandaise.
Enfin, j’en profite pour ressortir des tiroirs mon billet dédié à Nuala O’Faolain publié l’an dernier ici même.
Pure coïncidence, ce week-end, je vais visionner The Boxer, un film de Jim Sheridan relatif notamment à l’IRA. Il m’a été recommandé cette semaine car il était diffusé sur Arte, mais n’ayant pas la télé, je suis allée l’emprunter à la médiathèque.
Avis de lectures non publiés ici auparavant
Livres (hors nouvelles) d’auteurs irlandais (les avis sont d’époque [date], ce qui généralement explique l’évolution de mon regard sur ce pays et ses problématiques. A compléter avec les articles publiés sur mes deux blogs)
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La bruyère incendiée (The Heather Blazing) – Colm Tóibín [janvier 2011]
Je suis passée complètement à côté du bouquin. Le personnage principal m’a horripilée. Juge conservateur, il m’est apparu comme étant détestable, représentant toute l’Irlande archaïque. Il est sûr que ce n’est pas avec des personnes telles que lui que la justice (ou du moins l’état du droit et donc la jurisprudence) avance… Les questions juridiques m’ont fait sauter au plafond. Les décisions du juge sont méprisables. Par ailleurs, j’ai du mal à supporter les pays qui mélangent religion et Etat de droit. Le droit, ce n’est pas la morale, et l’amalgame ne peut que donner des résultats pervers. Quand j’ai appris que la constitution irlandaise faisait référence à trinité, j’en suis tombée de ma chaise !
En outre, connaissant mal les subtilités politiques de l’Irlande, je n’ai vraisemblablement pas tout saisi des passages relatifs à ce thème. Si le livre avait réussi à m’intéresser, j’aurais fait quelques recherches pour avoir une vue d’ensemble mais comme je n’arrivais pas à me passionner pour ce roman, je n’ai pas fait d’effort supplémentaire.
Et puis, je n’ai pas saisi comment le Eamon Redmond jeune avait pu devenir le Juge. L’évolution du personnage n’est pas évoquée et je n’ai pas réussi à reconstituer cette évolution par moi-même.
Bref, je ne sais pas ce que l’auteur voulait démontrer mais tout ce que j’en retiens ce que Nuala O’Faolain a plus que raison de s’insurger contre les esprits étriqués qui semblent particulièrement bien s’épanouir sur le sol irlandais…
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Les trois lumières (The Foster) – Claire Keegan [août 2011]
Livre tout en finesse. Trop court. C’est un livre qui a l’air de rien mais qui repose sur des personnages intéressants et qui fait ressentir les tensions spécifiques au contexte irlandais.
(oui, j’avais fait court moi aussi ;).
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Ce regard en arrière et autres écrits journalistiques (A More Complex Truth : Selected Writings) – Nuala O’Faolain [lu au fil de l’année, de sa parution en février jusqu’en septembre]
C’est un ouvrage nécessairement très inégal. Certains textes m’ont touchée en plein cœur ; d’autres m’ont semblé inutiles, et enfin d’autres encore ne m’étaient pas destinés (par exemple, les articles difficiles à réellement saisir quand on n’est pas Irlandais ou que l’on n’a pas vécu sur place). Même si dans l’ensemble, les articles sont intéressants (à noter que tous ne concernent pas la société irlandaise. Certains sont tournés vers le monde et la politique internationale par exemple), mon plaisir tient surtout à mes retrouvailles (inespérées !) avec la voix de Nuala O’, sa façon d’haranguer le lecteur, son refus de la langue de bois, l’ensemble formant de véritables bouffées d’oxygène. De ce fait, Nuala O’ est le genre de personne qui manque au monde d’aujourd’hui…
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Sept hivers à Dublin ( Seven Winters) – Elizabeth Bowen [septembre 2011]
Premier contact avec l’auteur (que j’avais toutefois en ligne de mire depuis un moment) dont l’écriture élégante m’a séduite.
Avec ses yeux d’enfant, elle retrace quelques scènes ayant eu lieu au cours des sept premières années de sa vie. L’aspect particulier de sa vision provient notamment que sa mère refusa qu’elle apprenne à lire afin de ne pas surmener sa vision et son cerveau, ce qui, évidemment, eu l’effet inverse car l’enfant avait besoin de comprendre le monde par ses propres moyens…
Les scènes décrites ont souvent un air innocent mais Bowen possède un pouvoir de suggestion qui permet au lecteur de vagabonder entre les lignes.
Ce fut une lecture délicieuse, d’abord très facile mais qui laisse à voir un talent. Bowen et moi nous retrouverons : c’est certain !
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Mauvaise pente (The Long Falling) – Keith Ridgway [janvier 2010]
En dépit d’inégalités (c’était le premier roman de l’auteur), ce livre est très fort. Il est aussi typiquement irlandais.
Grace est une femme battue par son mari depuis des années. Elle décide un jour de prendre son destin en main : elle se débarrasse de son mari et part retrouver son fils Martin à Dublin où elle espère démarrer une nouvelle vie. Martin est homosexuel, ce qui n’est pas nécessairement facile à vivre dans une Irlande encore très conservatrice. Bien qu’il ait été en conflit avec son père, il n’arrive pas à surmonter ses propres démons pour accepter la libération que vit sa mère et, entre déni et non-dits, les relations entre ces deux êtres ne seront jamais simples.
En parallèle, l’auteur évoque un fait divers qui secoua le pays et qui, comme la volonté de renaître de Grace, témoigne des sursauts d’un pays qui ne pourra peut-être pas continuer longtemps sur cette voie. Un bien beau roman.
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Livre sur l’Irlande lu en 2011
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Retour à Killybegs – Sorj Chalandon [décembre 2011 – avis du jour à partir des notes d’époque]
Je n’aurais pas parié une cacahuète sur ce livre et j’ai eu une excellente surprise ! Ce n’est qu’après avoir fini le livre que j’ai appris qu’il était basé sur l’histoire véritable d’un combattant de l’IRA. Ceci explique très certainement la bonne surprise.
Ce roman est un bon mélange entre un livre de détente (dans le sens où il se lit facilement) et une histoire avec un fonds historique qui m’intéresse particulièrement et qui pose des questions pas anodines. C’est un livre âpre et poignant. L’auteur arrive, globalement, à ne pas en faire des tonnes (c’était ma principale crainte à son égard). Le sujet étant sensible en lui-même, la sobriété était de mise.
Je suis ressortie de cette lecture avec une haine pour les Anglais. Je sais que le terme est fort mais c’est vraiment ainsi que je me sentais à la fin du livre. Thatcher a tout fait pour aggraver les choses et, s’il y avait quelque chose à retenir de ce livre, ce serait au moins cela : l’humiliation de l’autre témoigne d’une volonté d’aggraver une situation ou, du moins, de ne rien faire pour vouloir l’améliorer… Si les Anglais n’ont pas le beau rôle, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.
Contrairement aux livres écrits par des Irlandais, celui-ci est très (limite trop) explicatif. Cela le rend particulièrement accessible et il peut être une bonne entrée en matière pour aborder ce thème.
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Livre évoquant partiellement l’Irlande et lu en 2012
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Le rêve du Celte (El sueño del Celta) – Mario Vargas Llosa
Si le livre ne se présente pas, a priori, comme une histoire relative à la lutte d’indépendance irlandaise, c’est cet aspect qui m’a le plus plu, cela d’autant plus que l’angle d’attaque est encore différent de ceux des autres livres que j’ai lus sur le sujet.
Il est particulièrement intéressant de voir comment Casement va prendre conscience de la situation de son pays, tout autant sous le joug de l’envahisseur que les colonies « exotiques ».
Vargas Llosa a bien rendu les déchirements de son héros entre sa position officielle (diplomate au service de l’Angleterre) mais également Irlandais solidaire de son peuple. La réflexion de Casement sur la façon dont l’Irlande pourrait s’en sortir sans en passer par les armes est également bien pensée (je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher la lecture de ceux qui ont ce livre en vue).
Même quand Casement est à l’étranger, on se rend compte que tout converge vers l’Irlande. En ce sens, et même si le roman semble dédier peu de place à l’Irlande, je crois que l’on peut sans problème présenter un tel livre dans le cadre d’une thématique irlandaise.
« 1983. Dans le Dorset, la demeure de Woodcombe Park est débordante d’activité. »
Ce roman à trois voix retrace l’histoire d’une famille anglo-irlandaise qui subira les conséquences, sur trois générations, d’un acte barbare perpétré par les terribles Black and Tans, acte ruinant une vie harmonieuse au fin fond de la campagne irlandaise (dans le comté de Cork pour être tout à fait précise).
A noter, qu’un minimum de connaissances de l’histoire de la guerre d’indépendance irlandaise et de ses personnages clefs permet de comprendre immédiatement ce qui se trame au début du roman puisque Trevor fait intervenir des personnalités ayant réellement existé. Si j’avais sérieusement souffert de mes carences en la matière lors de ma lecture de La bruyère incendiée de Colm Toibin en début d’année, je sais désormais que cela n’aura pas été vain !
J’ai aimé :
- L’écriture. J’aurais du mal à expliquer pourquoi si ce n’est que l’histoire coule de source. Une fois le livre ouvert on ne peut plus s’en détacher, notamment parce qu’il est agréable à lire.
- Les personnages principaux. Si je préfère que tout aille bien dans la vie (je sais, c’est à peine croyable), j’ai tendance à préférer les romans où les êtres sont déchirés (et ce livre mériterait une palme en la matière, quoique la littérature irlandaise en général a le chic pour être un réservoir de douleurs). William Quinton et sa cousine Marianne Woodcombe ont tous deux des caractères forts qui, s’ils feront leur malheur, leur permettra également de gagner mon admiration (ce qui n’est pas aisé).
- Les personnages secondaires car ils participent à la création d’une ambiance bien spécifique. Le petit monde de Kilneagh a un charme fou, y compris, d’une certaine façon, après la succession de drames qui touchera la famille.
- Le traitement de l’histoire. D’une plume légère, Trevor esquisse l’enchaînement d’événements à partir du drame initial. Il n’en rajoute pas et se contente de nous montrer comment certains personnages en seront affectés à vie. Pas de misérabilisme, pas de pathos superflu et pourtant tout est dit.
- Le parti pris (du moins l’ai-je perçu ainsi) de Trevor de montrer que protestants et catholiques pouvaient tout à fait cohabiter dans un esprit de tolérance.
- La fin. Elle est belle et déchirante, tout simplement (à ceux qui auraient lu le livre et seraient étonnés par mes propos, je rappelle que j’ai précisé, dès le départ, aimer les drames). Il y a une volonté d’apaisement de l’auteur qui n’arrive pas pour autant à faire oublier toutes les souffrances endurées précédemment.
J’ai moins / pas aimé :
- Certains passages sont si allusifs qu’il m’a fallu du temps pour comprendre les non-dits. Dans un contexte de guerre, les gens sont prudents, les propos restent implicites, le secret est de mise et il faut garder l’esprit vif pour saisir ce qui ne sera jamais révélé clairement.
Finalement :
C’est un très beau livre que j’ai découvert en même temps qu’un écrivain. Si l’histoire de l’Irlande m’a toujours intéressée, c’est avant tout aux personnages que je me suis attachée ici, personnages marquées par l’Histoire justement, cette histoire si violente qu’elle ne vous laisse pas indemne. Il m’est difficile de parler de ce livre car il vous bouscule, alternant des scènes à vous briser le cœur et d’autres de franches rigolades (ces dernières étant nettement moins nombreuses que les premières mais la partie concernant Willie étudiant n’est pas triste). Il vous happe et j’ai éprouvé beaucoup de compassion pour tous ces destins brisés si « bêtement ».
« Il faudra presque une semaine pour cueillir toutes les mûres, davantage si l’on est interrompu par la pluie. »
10/18, 1999, 288 pages
Traduit par Renée Kérisit
Fools of Fortune (1983)
Défi : « Combler les lacunes »
Whitbread Award 1983
Provenance : annif 2011
* attention, note comprenant beaucoup d’adverbes et d’adjectifs ! *
Pour la VF voir sous la photo
« Today I’m five. »
L’histoire débute le jour où Jack fête ses cinq ans. Il est très excité ; désormais il est grand. Il vit avec sa mère (Ma) dans une unique pièce close éclairée par une lucarne. Comme tous les enfants, il aime regarder la télévision et les personnages de dessins animés sont ses amis (ah Dora !), même s’il sait que tout cela n’est pas véritablement réel comme le lui a expliqué Ma. Pour lui, le seul univers réel est constitué par lui-même, Ma, la Pièce et les objets la meublant.
Je n’en dirais pas plus en ce qui concerne l’intrigue. Je pensais même en dire bien moins, mais il m’a semblé qu’un minimum d’informations sur le contexte de départ était nécessaire pour que mes propos aient un peu de sens.
L’histoire est entièrement racontée par Jack et je ne pensais pas survivre à la voix d’un enfant de cinq ans sur 400 pages : j’avais tort. L’auteur a vraiment fait fort en mettant en scène un très jeune enfant à la fois extrêmement intelligent (dans tous les sens du terme) et complètement ignorant du monde. Jack est un personnage tellement attachant que j’ai ressenti une totale empathie pour lui, ayant envie de pleurer quand il était triste, l’encourageant face aux épreuves qui se dressaient sur son chemin, me réjouissant de ses victoires, m’inquiétant de ses fragilités, etc.
Le rôle de sa mère est à la fois primordial et de second plan. Aussi ai-je souvent eu tendance à négliger Ma, alors même que c’est une personne formidable, essayant de gérer ses propres démons tout en offrant à Jack un environnement le plus stable et rassurant possible. Ses questionnements, sa volonté de faire au mieux pour son enfant m’ont énormément touchée.
Il est un peu difficile d’entrer dans l’histoire car le contexte est très particulier que ce soit en termes de repérages, de personnages et de relations entre ces personnages et leur environnement, cela avec le regard d’un enfant qui n’a jamais connu autre chose que cet univers. Mais, si l’on donne une chance à Jack, on finit par être irrémédiablement séduit.
C’est une histoire très dure émotionnellement et psychologiquement. Elle m’a demandé beaucoup de ressources pour arriver à « gérer » la situation de Jack et Ma mais quelle récompense ! Emma Donoghue déploie une réflexion riche, sans jamais tomber dans le mélo ou le voyeurisme. A partir de l’idée d’une pièce close, l’auteur développe des questionnements universels. En outre, la pièce close est, d’une certaine façon, une allégorie de nos vies. Comme le dira à un moment Ma, nombreux sont ceux qui, bien que libres au sens matériel du terme, vivent enfermés en eux-mêmes. La pièce close, c’est aussi l’enfermement que peut devenir la relation entre un parent et son enfant. Le livre valorise la maternité (non dans le sens où la Mère est élevée au rang de mythe mais simplement dans ce que cette expérience a vraisemblablement de formidable) mais n’a pas peur de souligner que l’exclusivité du lien enfant / parent peut s’avérer une prison si chacun ne bénéficie pas d’un peu d’espace. Une autre piste est le rapport que nous avons aux objets. Jack nomme chaque objet comme si chacun avait un nom lui appartenant en propre (par exemple, le tapis est appelé Tapis). Pour lui, Tapis est un objet unique. Il n’en existe pas d’autre au monde (puisque le monde, c’est la Pièce) et il n’imagine pas l’idée du choix, de la multiplicité des objets (et, en douce, l’auteur égratigne légèrement la société de consommation). Je pourrais poursuivre ainsi encore longtemps, d’autant plus que ce livre m’a vraiment habitée. J’ai frisé l’autisme durant ma lecture, tant j’étais happée par le destin de ces personnages, notamment celui de ce petit bout d’homme dont l’histoire est à la fois dérangeante et superbe. Emma Donoghue fait preuve d’une grande subtilité pour tracer ce cheminement original et inoubliable. Room est un livre que l’on lit la gorge nouée par l’émotion, par les émotions, avec le cœur plein d’espérance. C’est une vraie réussite.
« Then we go out the door. »
Parution VO : 2010
Parution VF : fin août 2011
Editeur : Picador
Provenance : achat 2011
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