You are currently browsing the category archive for the ‘Grande-Bretagne’ category.
The Waves – Virginia Woolf
(1931)
Mariner Books, 300 pages
*
*
The sun had not yet risen.
*
Il est évident que je ne pourrai pas vous livrer toutes mes impressions sur ce livre car son infinie richesse rend toute synthèse, aussi bien faite soit-elle, réductrice (de fait, je ne prétendrai pas à la synthèse ;) ). De même, l’expression de mon ressenti se heurte inévitablement à la grandeur du texte. Dire que j’ai été transportée par cette lecture est à la fois juste et limité. J’ai vécu une expérience fabuleuse et, si du fait d’une lecture à plusieurs, je ne pouvais pas relire indéfiniment des passages sublimes, une chose est certaine : je me replongerai dans ce texte dans l’année ; une pépite par-ci, une fulgurance par-là.
Si To the Lighthouse m’avait beaucoup plu, The Waves m’a révélé que Woolf était encore plus talentueuse que je ne l’imaginais.
Ainsi, cet article n’a pas vocation à vous expliquer combien ce livre est une merveille (je parle de la VO ; je ne garantis rien en ce qui concerne la VF) mais je tenterai de présenter le livre, tout simplement, en espérant communiquer mon enthousiasme entre les lignes.
L’article est long comme vous pouvez vous en apercevoir. Cela signifie deux choses : que je n’ai pas vraiment réussi à savoir comment transmettre mes impressions mais aussi que ce livre mérite que l’on s’y attarde et qu’un article de 10 lignes m’aurait semblé indigne, voire méprisant, en comparaison de l’oeuvre évoquée.
*
The sun rose higher.
*
Commençons par le plus simple : la forme. Le roman est découpé en neuf « scènes » représentant à chaque fois un moment de la vie des six narrateurs. Entre ces scènes, Woolf a intercalé ce que j’appellerai des « tableaux » qui rythment le déroulé de l’histoire. Leur présence est essentielle car, à partir du cycle d’une journée (j’y reviendrai plus tard), Woolf établit un faux parallèle avec le déroulé de la vie. Chaque tableau vient donc introduire une scène dont le présent relègue dans le passé le présent de la scène précédente. C’est ainsi que nos personnages avancent dans la vie.
*
The sun rose.
*
Le roman compte donc six narrateurs mais leurs voix sont agencées de telles façon que le récit a un aspect inhabituel. En effet, chacun s’exprime à la première personne et de façon successive. Quand une voix semble répondre à une autre, ce n’est jamais de façon franche. On ne sait jamais vraiment si le narrateur s’adresse à nous ou à lui-même. En outre, la succession des voix n’est pas au service d’une intrigue ; elle ne fait rien « avancer » mais créé des variations autour d’un thème. Nous pourrions donc avoir le sentiment d’un dialogue de sourds, chacun s’exprimant de façon muette (un flux de conscience qui serait multiplié par six), mais ce n’est pas le cas. Au contraire, la voix de chacun enrichit, nourrit le thème.
C’est ainsi qu’une certaine unité ressort de ce chœur car les préoccupations des uns et des autres, si elles sont souvent différentes, s’expriment généralement par le biais de la comparaison. Chacun existe parce qu’il n’est pas l’autre. En ce sens, j’ai moins aimé la dernière partie (un brin déprimante d’ailleurs), car Bernard résume le parcours de chacun et s’approprie, d’une certaine façon, le récit.
*
The sun, risen, no longer couched on a green mattress darting a fitful glance through watery jewels, bared its face and looked straight over the waves.
*
Pour en venir au fond, Woolf s’est attaquée à un sujet quelque peu douloureux : le passage du temps et, par là-même, la finitude de l’Homme. C’est en ce sens que je parlais plus haut d’un faux parallèle entre la vie et les différents tableaux. En effet, ces derniers décrivent la course du soleil sur une journée, ce qui correspond à un cycle, quand la vie porte en elle la mort : le début ne rejoint pas la fin. En parallèle, le roulis des vagues nous donne néanmoins le sens que la vie n’est pas une ligne droite.
Nous sommes, comme l’écrivait Fitzgerald dans The Great Gatsby, des barques que le courant ne cesse de ramener en arrière avant que nous nous propulsions encore une fois vers l’avant (la signification des propos de Fitzgerald est différente de celle de Woolf : quand l’un parle d’atteindre un objectif, l’autre nous annonce que la mort est au bout du chemin, mais, alors que j’écris ce billet, cette image m’est venue à l’esprit, peut-être parce que l’on y retrouve l’eau et cette idée que nous ne sommes pas grand-chose face à la vie).
*
The sun had risen to its full height.
*
Concrètement, nous suivons donc nos six narrateurs de l’enfance à l’âge adulte. Si l’enfant a une notion du temps personnelle avec laquelle il joue tout comme il le fait avec le monde qui l’entoure, l’adulte, enrégimenté, comprend progressivement mais sûrement ce qu’est le temps. L’enfance est clairement montrée comme un temps béni et le pensionnat se chargera de donner la cadence : heures, jours, mois… Tout se ressemble, jusqu’au dégôut, relèvera une des filles. Et, en même temps, le monde qui semblait tenir dans le creux de la main de l’enfant confiant, devient un endroit dont on devine que nous pourrions être éjectés si nous n’y prenons garde (« …I should fall off the edge of the world into nothingness » souligne Rhoda, l’angoissée).
L’université sera le temps des décisions : chacun doit désormais donner une direction à sa vie. C’est une nouvelle étape, une nouvelle épreuve en quelque sorte. C’est à ce moment-là qu’apparaît d’ailleurs un personnage, Percival, qui part aux Indes. Il aura une influence sur les esprits de chacun de nos narrateurs sans jamais avoir la parole. Il est au centre et à l’extérieur en même temps et cela permettra aux autres de percevoir le monde à travers un spectre supplémentaire, au-delà de l’individu et au-delà du groupe également.
*
The sun no longer stood in the middle of the sky.
*
La vie adulte sera marquée, quant à elle, par divers événements mêlant la vie et la mort, les souvenirs et les projets, le présent toujours un peu ambigu avec ses responsabilités et ses ambitions (« the weight of the world is on our shoulders ») mais aussi ses interrogations.
*
The sun had now sunk lower in the sky.
*
Plus la vie avance, plus le regard se tourne vers le passé, plus un sentiment d’amertume, voire de désespoir semble s’emparer de chacun (« I have lost my youth » ; « Everything falls in a tremendous shower, dissolving me. »). On repense aux occasions manquées ; on se demande si notre vie est un succès ou pas et si l’avancée dans la vie n’est pas nécessairement synonyme de désillusion, elle n’est jamais neutre. On ne peut s’empêcher de ressortir la boîte aux souvenirs et, surtout, de se positionner par rapport à l’autre, seule façon de mieux se connaître.
*
The sun was sinking.
*
Et le bal continue, Woolf faisant de plus en plus référence indirectement à la mort et à la fragilité de l’être humain (« One bone lay rain-pocked and sun-bleached till it shone like a twig that the sea has polished »). Au cours de la vie, les fardeaux se sont accumulés sur les épaules de chacun et le pire, semble penser Neville, est que, désormais, « change is no longer possible. We are committed…. We have chosen now, or sometimes it seems the choice was made for us. » La vie ressemble à un piège…
*
Now the sun had sunk.
*
Enfin, l’heure du bilan arrive, et Bernard de s’interroger sur le sens de sa vie. Ce personnage m’a paru ambigu, tantôt imbu de lui-même, tantôt fragile car ayant besoin de l’attention des autres pour se sentir exister. De même, cette partie du roman oscille entre abattement, pur désespoir et envie de jeter ses dernières forces dans la bataille, de ne pas se laisser submerger par les vagues, par la mort…
The Waves est un roman qui donne le sentiment que l’accession à la maturité est un passage tortueux si ce n’est douloureux. On sent entre les pages que l’enfance restera à jamais l’époque bénie et que s’il nous faut bien la quitter, il n’est pas sûr que l’on gagne à mûrir, devenir adultes.
*
The waves broke on the shore.
*
*
Provenance : Feedbooks
*
Lecture réalisée en commun avec Keisha (lecture en VO) et Hélène (lecture en VF).
Il y a toujours au moins deux façons d’appréhender les choses : la classique et son contrepied. Les fêtes de fin d’année ont de plus en plus tendance à ne plus être un sujet tabou dans le sens où, pendant longtemps, il était quasiment obligatoire d’être heureux et plein de bonté à l’égard de son prochain à cette époque de l’année. C’est d’ailleurs la thèse de Dickens.
Mais il s’avère que toutes les illuminations du monde et que la frénésie d’achats qui s’empare de la majorité des gens n’arrivent pas à cacher que les « fêtes » peuvent être des moments pénibles, ne serait-ce que, justement, parce que la joie et la bonne humeur seraient obligatoires. C’est là qu’intervient Benchley, toujours prêt à secouer le cocotier du politiquement correct avec ses histoires sans queue ni tête mais pas aussi innocentes qu’elles en ont l’air.
*
Pourquoi je déteste Noël – Robert Benchley
Editions Wombat, 2011, 96 pages
Traduction de Frédéric Brument
*
Commençons donc par l’Américain. Les éditions Wombat ont réuni dans Pourquoi je déteste Noël des histoires qui ont parfois un rapport avec Noël mais pas toujours (ça s’appelle du marketing). Elles sont tirées de divers recueils publiés du vivant de Benchley. Disons que, globalement, il y est question d’hiver, mais aussi de la famille et de ces horribles petites créatures que sont les enfants. Or, c’est bien connu, Noël a lieu en hiver (du moins dans l’hémisphère nord), c’est généralement l’occasion de réunions de famille et qui dit famille dit enfants.
Benchley était un membre du Cercle de l’Algonquin, cercle qui réunissait des personnalités à l’humour vif et tranchant et, le moins que l’on puisse dire, c’est que lorsqu’il s’empare d’un sujet, personne n’en sort indemne (lecteur compris tellement certaines histoires relèvent du nonsense le plus absolu. J’en avais déjà fait l’expérience avec la lecture de Psychologie du pingouin). Entre une diatribe contre l’inventeur de la carte de vœux, les histoires lamentables d’oncle Edith, une gamine qui finit suspendue au lustre, le point de vue d’un enfant sur Noël et la nouvelle introductive qui résume bien, à elle seule, ce qui vous attend si vous partez fêter Noël en famille au fin fond de la campagne, rien ne vous sera épargné. Bien que ces histoires soient inégales (et cela est d’autant plus difficile d’être régulier en matière d’humour), si vous aimez les esprits irrévérencieux et loufoques, ne passez pas à côté de ce petit livre.
*
*
Un chant de Noël – Charles Dickens
(A Christmas Carol, 1843)
Folio junior, 1999, 146 pages
Traduction de Marcelle Sibon
*
Si vous êtes plus tentés par la tradition et les livres sans surprise, il n’y a pas mieux que de s’adresser à ce bon vieux Charlie. Dans cette histoire, hormis le vieux Scrooge, tout le monde est content, même que toute cette dégoulinade de bons sentiments finit par peser sur l’estomac alors que l’on n’a même pas attaqué le réveillon.
Il n’y a rien de mal à souhaiter que les gens soient de bonne humeur, même quand rien ne les y poussent, bien au contraire, mais, là, ce fut trop pour moi. Les clients se bousculent mais le font avec « la meilleure humeur du monde » ; les commerçants montrent « tant de franche gentillesse que les cœurs de métal poli qui agrafaient leur tablier par-derrière auraient pu être les propres cœurs exposés aux yeux de tous… » et je vous épargne l’effet des cloches sur les gens.
Dickens a écrit ce texte avec les meilleures intentions du monde, je n’en doute pas un instant, mais c’est nettement insuffisant pour en faire un bon livre. L’accumulation de clichés, son style un peu bancal et cette volonté de montrer à tout prix que Noël offre l’occasion d’une rédemption m’ont achevée.
*
Provenances :
Pourquoi je déteste Noël : achat 2011
Un chant de Noël
Les Enfants de minuit – Salman Rushdie
(Midnight’s Children, 1981)
Livre de Poche, 1989, 670 pages
Traduction de Jean Guiloineau
*
*
Pourquoi lire ce livre :
- Vous aimez les sagas familiales et / ou l’Inde
- Vous ne voulez pas mourir idiot(e)
- Il a obtenu le Booker (1981), mais aussi le Booker des Bookers (1993) et encore le Best of the Booker award (2008) et ça, c’est juste pour le Booker Prize
- Vous voulez briller dans les dîners en ville (l’auteur a eu sa tête mise à prix : tout le monde le connaît, peu de gens l’ont lu ; vous, si !)
- Son adaptation ciné est en cours : autant lire le livre avant de voir le massacre film
*
*
Mon avis :
Et c’est à ce moment-là que j’ai une irrépressible envie de me suicider en pensant à la tâche qui m’attend …
La 4ème parle de « saga baroque et burlesque » mais aussi de « pamphlet politique » et c’est, effectivement, un mélange des deux avec un glissement de la saga délirante vers une perspective nettement plus politique par la suite.
Les Enfants de minuit, c’est cette génération née le 15 août 1947, alors que l’Inde accédait à l’indépendance (à minuit, donc). Mais avant d’en arriver là, Rushdie retrace toute l’histoire de la famille du narrateur, Saleem Sinai – lui-même, enfant de minuit. C’est vraisemblablement toute cette partie qui m’a paru un peu longue, d’autant plus que ma connaissance de l’Histoire de l’Inde est très superficielle (avec, notamment, un sens de la chronologie à peu près inexistant). Cela dit, le livre a fini par m’embarquer et m’a donné envie de me renseigner, justement, sur l’Inde indépendante (en gros, la « dynastie » Nehru / Gandhi).
*
Comme dans tout roman indien qui se respecte (Rushdie a la citoyenneté britannique mais il n’en reste pas moins Indien quand il écrit), les personnages foisonnent, les relations familiales sont plus ou moins inextricables et la narration zigzague allègrement d’une période à une autre. Bref, il faut bien s’accrocher à son siège avant de démarrer ! Cependant, ce roman a un réel avantage : ses chapitres sont courts et permettent des respirations régulières. Lire un chapitre par jour me semble un bon rythme pour en venir à bout (il y a 30 chapitres, comme 30 bocaux de chutney contenant les sentiments et souvenirs du narrateur).
*
Mais je parle de ce livre comme d’un boulet alors qu’il est, en définitive, grandiose. J’ai commencé à l’apprécier quand j’ai pris conscience du projet de Rushdie, à savoir présenter l’évolution politique de l’Inde à travers la vie de son narrateur. C’est justement pour cela que je considère qu’avoir une faible culture de l’Histoire de l’Inde est handicapant (mais que les futurs lecteurs se rassurent : il suffit de connaître les temps forts de cette Histoire pour suivre pleinement l’évolution du roman). Rushdie s’amuse à nous faire croire que parce que son héros a, tel jour, fait telle chose, cela a eu une répercussion sur l’Inde entière. C’est généralement bien trouvé, d’autant plus que l’auteur sait rester léger quand il le faut. En outre, ce parallèle entre la vie de Saleem et celle de l’Inde est rondement mené. J’ai vraiment été épatée, vers la fin, dans un épisode à la fois horrible et époustouflant où les enfants de minuit et l’Histoire sont confrontés l’un à l’autre. Sans parler des pirouettes de l’auteur qui ne se perd à aucun moment dans son projet : c’est jubilatoire !
*
Le principal obstacle de ce livre réside dans ses digressions et, paradoxalement, ces mêmes digressions sont parfois ce qui donne au roman une saveur si particulière. Ainsi, si j’ai eu du mal à entrer dans le récit, j’en ai eu tout autant à en sortir, n’arrivant pas à croire que j’allais quitter pour toujours ces personnages attachants et cette atmosphère singulière. Finalement, c’est une histoire très émouvante que nous raconte ici Salman Rushdie et dont je ne peux que conseiller la lecture.
*
*
« Un jour, peut-être, le monde goûtera mes conserves d’histoire. Elles pourront être trop fortes pour certains palais, leurs odeurs pourront être trop violentes, des larmes pourront en venir aux yeux ; j’espère cependant qu’il sera possible de dire qu’elles ont le goût authentique de la vérité … qu’elles sont, en dépit de tout, des actes d’amour. »
*
*
Provenance : PAL 2011
Défi : « Combler les lacunes »





Derniers commentaires