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L’Appât – José Carlos Somoza
(El cebo, 2010)
Actes Sud, 2011, 409 pages
Traduction de Marianne Millon
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Dans son dernier roman, l’auteur catalan a encore fait preuve d’imagination en inventant des personnes spécialement entraînées au sein d’un département dédié de la police madrilène pour capturer les individus les plus dangereux. Ces agents sont appelés des appâts et utilisent des techniques reposant sur la manipulation psychologique de leurs proies. En effet, dans cet univers, chaque individu est classé en fonction de son profil psychologique et il peut être neutralisé, voire utilisé, à partir de ce qui lui procure le plus de plaisir. Cette révolution est née suite à l’interprétation des œuvres de Shakespeare. Ces dernières contiendraient des clefs occultes relatives, justement, au plaisir en tant qu’unique moteur psychologique de tout un chacun.
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« Elle ignorait encore que le travail d’appât ne consistait pas tant à tromper les autres qu’à se tromper soi-même »
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Si Somoza s’appuie sur le mystère que constitue encore la personne même de Shakespeare pour se livrer à des spéculations plutôt intéressantes, l’intrigue, quant à elle, m’a pas mal déçue. Somoza est un écrivain qui sait se renouveler sur le fond ; il pratique un mélange des genres généralement réussi ; il arpente des sentiers peu pratiqués : bref, il a son style propre et c’est vraisemblablement pour cela que je ne sais jamais résister à la lecture de ses livres, même s’ils sont violents (psychologiquement et physiquement).
Néanmoins, la lectrice assidue de son œuvre que je suis commence à remarquer des lacunes et, plus particulièrement pour cet ouvrage, une absence d’originalité quant aux techniques narratives utilisées.
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Tous les romans de Somoza reposent sur des énigmes, du suspense. L’auteur s’attache à multiplier les pistes, perdre le lecteur, à lui poser des pièges et surtout à le maintenir sur le grill afin de l’empêcher de dormir, soit parce que l’on ne peut reposer le livre, soit parce que l’on est mort de trouille. Jusqu’à présent ce programme me convenait, même si la seconde option a des inconvénients dont j’ai souvent souffert. Mais peu importe les affres de l’angoisse si le livre vous embarque. Or, en matière de suspense, L’appât est un flop complet (c’était bien la peine d’avoir peur d’aller me coucher en approchant de la fin !). A force d’utiliser toujours les mêmes ficelles, Somoza rend la structure de son intrigue transparente. J’ai deviné 99 % de ses tentatives de feintes, sans même le faire exprès, et très longtemps à l’avance par rapport au déroulement de l’intrigue. Le 1% restant fut mon incapacité à deviner qui était le grand méchant mais, dès que nous apprenons son identité, j’ai compris que j’avais manqué de discernement car il était tout à fait identifiable. Somoza sème les indices à la volée, tuant tout mystère et se tirant ainsi une balle dans le pied.
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C’est donc une lectrice déçue qui écrit ces lignes, sans parler de la fin, bâclée à tous points de vue, notamment celui de la question éthique que l’auteur soulève pourtant régulièrement (autre aspect plutôt intéressant car les appâts, bien qu’étant des êtres humains, sont considérés comme des machines, des objets à la disposition de n’importe quelle expérience, ce qui rappelle furieusement Clara et la pénombre).
Néanmoins, un néophyte y trouvera très certainement son compte, d’autant plus que l’intrigue repose sur un mélange de psychologie et de littérature.
Provenance : bibliothèque
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Ce livre est le premier maillon de ma chaîne de lectures n°1.
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L’avis de Laurence, plus positif que le mien. N’hésitez pas à comparer pour vous faire une idée, d’autant plus, qu’elle aussi, connaît bien l’oeuvre de l’auteur.



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