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« Le vent se lève, un vent furieux de tempête. »

 

Roddy Gillies est né à Saint-Kilda, un archipel insignifiant au large de l’Ecosse. La communauté de Saint-Kilda constitue un univers presque complètement coupé du monde où la nature ne vous fait pas de cadeaux. Malgré tout, depuis des siècles, les Saint-Kildiens persévèrent, à la fois parce qu’ils sont attachés à leur île mais aussi parce qu’ils ont un peu peur de ce qui existe au-delà de l’île, un univers à la fois intriguant et effrayant. Mais un jour, ils doivent tous partir vivre dans le mainland et cet événement marquera à jamais la fin d’un monde.

 

« Ce qui se passe maintenant … c’est que nous vivons de charité et que le courage nous a quittés. »

 

Ajoutons à cela qu’au moment du départ, la famille de Roddy est déjà fragilisée. Son arrivée en Ecosse ne fera qu’empirer les choses et Roddy va perdre progressivement le peu de repères lui restant.

 

Alors que Roddy vit désormais dans une maison de retraite à New York, il revient sur sa vie, une vie singulière marquée, pour ne pas dire hantée, par le souvenir de Saint-Kilda. « Comment prouver que quelque chose a réellement existé, alors qu’il ne reste rien, que les gens sont morts et que les murs de leurs maisons sont retournés à l’état de pierres dispersées sur un coteau aride ? »

 

Le récit alterne des extraits des souvenirs de Roddy qu’il consigne dans un cahier et sa vie à la maison de retraite, essentiellement marquée par les tours de garde des infirmières. Ses souvenirs sont, paradoxalement, à la fois son testament et sa raison de vivre : 

« Je ne crois pas qu’elle pourrait comprendre ce que j’essaie d’exprimer. Mes mots seraient pour elle une langue étrangère. Le monde a changé si vite. Je pense qu’il est incontrôlable, que personne ne sait quelle orientation il va prendre et personne ne s’en soucie en réalité. Et c’est justement pourquoi mon île m’est si précieuse, pourquoi j’ai un besoin désespéré de me cramponner à mon ancre. »

 

Ce livre, bien que court, est une lecture lente parce que chaque mot, chaque morceau de souvenir pèse lourd. Je crois que sa principale caractéristique est sa pudeur. Il m’a fallu du temps pour trouver le bon mot mais je crois que c’est cela. Roddy a beau avoir son caractère, il n’en est pas moins un être habitué à être en retrait, à se préoccuper du bien-être de tous. Jamais il ne se met en valeur, ni ne se plaint à titre personnel. Il dit, c’est tout.

 

« Ce n’est pas une personne qu’elles voient en moi, mais un vieillard avec quelques mèches de cheveux blancs, dont la main tremble en portant les aliments à la bouche. Elles ne peuvent pas voir la personne à l’intérieur de moi … elles voient un fardeau, qui est de toute façon appelé à disparaître bientôt et qui n’a plus rien à dire. »

 

Au-delà de cette histoire particulière, Roddy Gillies nous rappelle combien le monde d’aujourd’hui est essentiellement bâti sur une surface et ne veut rien savoir de ce qui se cache dessous. Je ne suis pas une passéiste forcenée mais il me semble dommage de dédaigner le patrimoine humain qui repose dans la mémoire de toutes les personnes âgées. Ce livre m’a également fait penser à une citation de l’écrivain Amadou Hampâté Bâ : «  En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Il n’y a pas qu’en Afrique que les bibliothèques brûlent …

 

 

« Le bateau approche de la rive, je sais exactement où il m’emmène. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Parution française : 2008
Editeur : Autrement
Provenance : bibliothèque

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Cette géniale illustration n'est pas libre de droits. © Kroustik

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