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Leo Leike reçoit par erreur plusieurs mails d’Emmi Rothner, une femme qu’il ne connaît pas et qui souhaite résilier un abonnement. Il lui signale sa méprise, elle s’excuse et au lieu que l’échange s’achève là tous deux vont, presque à leur insu, engager un dialogue à partir de mails d’abord décousus puis de plus en plus personnels jusqu’à ce que se pose la question d’une éventuelle rencontre.
Ce roman ne m’intéressait pas vraiment mais il me semblait que c’était un bon critère, justement, pour tester les audio-livres. En effet, l’histoire s’annonçait légère et donc éligible au livre-à-écouter-tout-en-faisant-autre-chose. Sur ces aspects, le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai été comblée.
La couverture de l’audio-livre annonce : « Leur dialogue, piquant, évolue peu à peu vers une intensité de sentiments et un lien troublant qui ne vous laissera pas indemne. » Là encore, je ne peux que m’incliner : je ne suis pas ressortie indemne de cette écoute. Ce fut une expérience affligeante. Quand je pense que cette histoire a été comparée au film Vous avez un message, j’en reste coite. Certes, les deux intrigues sont basées sur des échanges de mails entre deux inconnus et une possibilité de romance mais la comparaison s’arrête là (je ne dis pas que le film en question est une merveille du cinéma mais il n’accumule pas les faux-pas du roman de Glattauer).
En premier lieu, j’ai été horrifiée par les personnalités des protagonistes et en particulier par celle d’Emmi. Nous sommes en présence de deux trentenaires qui, sentimentalement parlant, en sont restés au stade de l’adolescence. Certaines répliques sont proprement ahurissantes (n’ayant pas la version papier je ne peux malheureusement ( ?) pas illustrer mes propos). Je comprends l’attente fébrile d’un mail, pas les comportements puérils. D’ailleurs, Emmi a un sérieux problème dans sa tête. Pour une femme « mariée et heureuse », comme elle se décrit, elle a une attitude qui laisse songeur ; les bourgeoises en manquent de sensations fortes ne font pas partie de mes personnages préférés, je l’avoue. J’ai souvent eu envie de distribuer des baffes.
En second lieu, « être la voix de l’imagination de l’autre » (celle-là je l’ai notée au vol tellement elle était prometteuse), cela va bien un certain temps mais les rêvasseries éternelles et les enfantillages ont leurs limites, tout comme la tactique du « un pas en avant, deux pas en arrière ». Imaginez, plus de 5 heures d’écoute pendant lesquelles nos deux correspondants jouent au chat et à la souris, sans même être un tantinet spirituels : l’enfer ! Cela va bien d’entretenir le suspense, de souligner la nuance entre les échanges à distance entre inconnus et la rencontre bien réelle qui peut anéantir tous les fantasmes, arrive un moment où il faut trancher. Or Glattauer esquive et choisit l’impasse : fatal error ! Cette technique est lassante, cela d’autant plus que les contenus des mails sont essentiellement des propos brefs, plus proches du tchat que de l’échange épistolaire en bonne et due forme.
Enfin, ce qui est vraiment énervant (en plus de tout le reste s’entend), c’est que l’auteur semble vouloir nous donner des cours de psychologie, et là, très franchement, ça fait pitié … J’aurais préféré une bluette qui s’assume, et que j’aurais esquivée n’étant pas amatrice du genre, au lieu de cette histoire absolument pathétique.
Pour conclure, je vous annonce le pire : il y a une suite ! Inutile de préciser que je ne laisserais pas Glattauer m’assener un coup fatal. Par chez moi, nous avons le vent d’Autan ; il est très pénible pour les nerfs mais pas autant que le vent du nord …
Je compte également rédiger un article sur les livres enregistrés parce que cet aspect mérite que l’on s’y attarde.
Parution française : 2010
Editeur : Audiolib (version enregistrée)
Provenance : bibliothèque
« Ils ont eu une exquise pensée, mes étudiants et collègues de la Faculté : voici, précieusement relié et solennellement apporté, le premier exemplaire de ce livre d’hommage qu’à l’occasion de mon soixantième anniversaire et du trentième de mon professorat, les philologues m’ont consacré. »
Rarement un livre aura porté un titre correspondant aussi bien à ce qu’il m’aura inspiré. J’ai eu peine à croire parfois que ce court roman avait été écrit par Zweig. Je devrais savoir pourtant, depuis Lettre d’une inconnue, que le Zweig « sentimental » ne me convient pas car c’est peu dire que cette lecture m’a ennuyée.
Le narrateur est un professeur qui prend sa retraite. A cette occasion, il revient sur ses années où, étudiant, il s’enticha de son professeur d’anglais, cette passion étant à l’origine de son choix de carrière. Certes, Zweig décrit bien le processus ambigu de la passion et il est vraisemblable que si je n’avais jamais lu d’autres livres sur ce thème, j’aurais apprécié cette lecture. Comme ce n’est pas le cas, je me dois de constater que ce livre ne m’a rien apporté. Il n’est pas mauvais, juste inintéressant. Or on pourrait espéré que Zweig aurait su renouveler ce sujet ; de moins bons que lui y sont arrivés.
Si l’on ajoute à ce problème de fond, une tendance à abuser (et le mot est faible) de l’adjectif « brûlant », on obtient une lectrice au bord de la crise nerveuse. Dans ce livre, tout est « brûlant » ; j’ai même noté que par moments le mot apparaissait au moins une fois par page ! Comment un écrivain de cette trempe dont on ne peut mettre en doute la richesse du vocabulaire en arrive à ne pas trouver d’alternative à cet adjectif (et je refuse de faire porter tout le tort sur la traduction) ? Goolrick se contentait de faire brûler les rideaux de sa grand-mère. Zweig avait peut-être une frustration à assouvir … Toujours est-il que ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase de mon exaspération.
Pour conclure sur une note positive (et je reconnais que j’ai de la peine à écrire de telles choses sur un écrivain que j’admire), je recommande l’édition que j’ai lue. Elle propose une postface rédigée par Isabelle Hausser et intitulée Stefan Zweig et le monde d’hier. Hausser retrace la vie de Zweig en faisant notamment référence à son « autobiographie », l’enrichissant de ses commentaires et la prolongeant jusqu’au suicide de l’auteur. Cela m’a rappelé de bons souvenirs comme la malchance poursuivant Zweig lorsque ses pièces étaient mises en scène, mais aussi réconciliée avec cet homme, ce qui était nécessaire après cette lecture d’un ennui indescriptible.
« Mais aujourd’hui encore, comme le garçon incertain d’alors, je sens que je ne dois davantage à personne : ni à père et mère avant lui, ni à femme et enfants après lui – et je n’ai aimé personne plus que lui. »
Parution française : 1929
Editeur : Livre de poche
Provenance : achat 2011
Défi : “Combler les lacunes”



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