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Edit du 27/09 en fin d’article.
Cet article aurait dû être le troisième concernant la série sur la liberté d’expression mais mon planning ne m’a pas permis d’être dans les clous. En effet, je voulais, avec cet article, souligner que les tentatives de limiter la liberté d’expression n’étaient pas que le fait d’Etats totalitaires ou peu portés sur la démocratie (je pense aux Etats théocratiques notamment).
Il semble que le problème soit particulièrement crucial aux Etats-Unis. A mon avis, deux causes antagonistes en sont à l’origine : le côté très puritain des Américains et le fameux premier amendement de la Constitution américaine qui protège la liberté de religion, d’expression, de la presse, etc. (pour les puristes : “Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right of the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a redress of grievances.”)
Nous avons donc d’un côté des gens qui essaient de faire bannir des programmes scolaires ou des étagères des bibliothèques publiques des livres qui leur semblent attentatoires à leurs opinions et d’un autre l’ALA (American Library Association – j’en profite pour rappeler qu’en anglais library signifie bibliothèque et non librairie) qui lutte pour faire respecter la liberté d’expression et qui sert également d’observatoire en la matière. Ainsi, l’ALA recense tous les ans les principaux livres que l’on a essayé d’évincer, ainsi que les arguments utilisés à ces fins (pour 2010, dans l’ordre décroissant : livres aux contenus sexuellement explicite, langage inapproprié, violence, contenus inadaptés à l’âge visé, surnaturel, homosexualité, … sans parler des atteintes aux points de vue religieux, à la famille et j’en passe).
Présenté ainsi, on se dit qu’après tout, il est normal de ne pas souhaiter que ses enfants (puisque ce sont les parents les plus grands censeurs) se retrouvent avec entre les mains un livre qui pourrait les choquer par son contenu et que le désir de les protéger est naturel. Mais ce serait oublier au moins une chose : la liberté d’opinion. Elle vous permet de passer votre chemin quand un ouvrage va à l’encontre de vos valeurs et de ne pas souhaiter que vos enfants le lisent. Cela ne signifie pas pour autant que tout le monde doit subir les conséquences de vos opinions (surtout que ces dernières peuvent être elles aussi sujettes à discussion…). Ainsi, si les parents sont libres d’interdire à leurs enfants (et uniquement aux leurs !) la lecture de livres qu’ils jugent inappropriés, d’autres personnes (influencées ou pas par les parents) supprimant des livres des étagères de bibliothèques ou de programmes scolaires tombent sous le coup du premier amendement.
Et en France ? La censure semble avoir disparu. Des livres font débats, des procès peuvent même avoir lieu pour demander qu’un livre soit retiré des étals mais ce sont généralement des affrontement entre particuliers. Je n’arrive pas à me souvenir (et depuis que je prépare cet article, j’ai eu le temps d’y réfléchir) à l’existence de telles pressions sur un exemple précis. Je n’ai pas le sentiment que cette question fasse débat. C’est peut-être un tort ; je ne sais pas. Pas plus que je ne peux dire si cela tient au fait que notre Constitution n’a pas la force que ce texte a aux Etats-Unis. J’ai le sentiment que les Français sont attachés à la liberté d’expression, tout comme ils sont attachés au respect de valeurs fondamentales et que si un livre prônant la ségrégation ou toute forme d’extrémisme venait à paraître, nous réagirions.
S’il s’avère que je suis aveuglée ou mal informée, je remercie d’avance toute personne pouvant me citer des exemples (récents, s’entend, puisqu’évidemment la censure a longtemps sévi en France, d’où mon focus sur l’époque actuelle) de livres contestés (pour de véritables raisons, pas parce que Machin a dévoilé des secrets sur son ex…), voire censurés, en France.
Pour en revenir aux Etats-Unis, puisque le problème reste vivace là-bas, l’ALA organise tous les ans, depuis 1982, la Banned Books Week au nom de la liberté de lire. Car si la censure touche la liberté d’exprimer ses idées, elle rejaillit sur la liberté de s’informer, de se documenter, d’avoir accès aux livres. Ce qui compte, c’est que les écrits soient disponibles, y compris si leurs propos peuvent être controversés (et, après tout, autant débattre de ce qui fâche que de supprimer le problème de façon violente …).
En tant que lectrice et en tant que personne très attachée aux libertés fondamentales dont la liberté d’expression, je souhaiterais participer à cette semaine en lisant un des livres ayant été souvent mis à l’index. Je comptais lire Le meilleur des mondes de Huxley (parce qu’il figure sur ma LAL de toute façon), qui a été remis en cause en tant que classique et qui figure toujours dans le top 10 2010 (le dernier en date). Malheureusement, les deux exemplaires VF que j’ai vus à la biblio sont dans un état lamentable et absolument dégueulasses. Idem chez le bouquiniste. Quant à la VO, l’emprunteur est en retard pour rendre son exemplaire, même si j’avoue que de la SF en VO ça me fait un peu frémir :S Comme je suis fauchée et qu’en plus on ne me fera pas acheter de la SF au prix fort (je lis un bouquin appartenant à ce genre littéraire – au sens large du terme ; je simplifie en parlant de SF – maximum une fois par an les années fastes et dans 99% des cas je le revends après lecture s’il m’appartient), je crains fort, soit devoir faire un trait sur ma participation, soit finir par me retrouver avec – enfin – l’exemplaire VO de la biblio et ne rien y comprendre ou constater qu’il est en aussi mauvais état que ses confrères VF… J’ai bien envisagé la lecture d’un autre titre du top 10 2010 mais rien ne m’inspire. En revanche, je suis actuellement plongée dans ma relecture de The Great Gatsby (première lecture VO) qui fait partie des 100 classiques du XXème qui ont été visés. Cela dit, il ne l’a été qu’une fois, par une école religieuse, qui lui reprochait son langage et ses références sexuelles (O_o) donc j’ai du mal à me sentir dans la peau d’une rebelle en lisant pour la n-ième fois mon livre préféré !
Je crois surtout que je n’ai pas trop envie de me palucher une liste entière de classiques montrés du doigt très souvent pour des raisons qui feraient rire si le sujet n’était pas si grave.
Vous sentez-vous engagés dans ce genre de cause ? Comptez-vous participer à cette semaine de « rébellion » ?
Pour faire simple, tous les liens des références citées dans cet article sont rassemblés ci-dessous :
ALA : http://www.ala.org/
Top 10 2010 et raisons invoquées : http://www.ala.org/ala/issuesadvocacy/banned/frequentlychallenged/21stcenturychallenged/2010/index.cfm
Statistiques : http://www.ala.org/ala/issuesadvocacy/banned/frequentlychallenged/challengesbytype/index.cfm
Banned Books Week : http://www.ala.org/ala/issuesadvocacy/banned/bannedbooksweek/index.cfm
Liste des classiques controversés et / ou bannis : http://www.ala.org/ala/issuesadvocacy/banned/frequentlychallenged/challengedclassics/index.cfm
Raisons invoquées, livre par livre : http://www.ala.org/ala/issuesadvocacy/banned/frequentlychallenged/challengedclassics/reasonsbanned/index.cfm
ooOoo
27/09 : je vous invite à lire (in English) le billet de Kate. J’aime particulièrement les deux images qu’elle y a insérées.
La première dit : “Pensez par vous-mêmes et laissez les autres faire de même”.
La seconde cite Lyndon Johnson : “Les livres et les idées sont les armes les plus efficaces contre l’intolérance et l’ignorance”.
Dans l’édition précédente (fort lointaine…), j’avais annoncé une série d’articles autour de la liberté d’expression mais divers empêchements ont, pour l’heure, suspendu ce projet (pas annulé !).
Aujourd’hui, je voudrais donc rebondir sur les propos récents de Beigbeder à l’égard du livre numérique, propos que je partage (je vous conseille donc de lire l’article en lien avant de poursuivre sur ce billet car je ne reprendrai pas son argumentaire).
Je crois sincèrement qu’il est possible d’être “moderne” et attaché au livre papier parce que modernité et technologie ne sont pas synonymes (un exemple : certains “classiques” ont un ton et un regard sur le monde qui ont su traverser le temps… alors qu’ils étaient écrits 1. à la plume ou 2. au stylo ou encore 3. à la machine à écrire, selon la datation dudit “classique”).
Or les avantages du livre numérique sont très limités. Ce dernier permet notamment de récupérer des livres épuisés (y a-t-il tant de gens qui courent après ces derniers hormis les bibliophiles qui ne risquent pas d’être séduits par le numérique ?…) mais aussi, lors de voyages, d’emporter plusieurs livres sans devoir supporter leur poids et l’encombrement associé (enfin quand je lis que l’on peut télécharger des centaines d’ouvrages, je ris, car depuis quand le fait de trimballer des centaines de livres sur soi a un intérêt ? Et c’est une personne qui emporte facilement 5 livres uniquement pour un weekend qui écrit cela).
Pendant ce temps-là, le livre traditionnel a une âme (je sais que les défenseurs du livre numérique soupireront à me lire mais tant pis). J’ai du mal à imaginer un amoureux des livres plus séduit par un écran que par une feuille de papier. Il est question de toucher, du son des pages que l’on tourne (ok, on doit pouvoir recréer ce son électroniquement mais n’est-ce pas pathétique ?), d’une odeur, d’un contact qui dépasse le contenu. Bien que le contenu d’un livre soit évidemment plus important que l’objet lui-même, il m’est difficile de croire que pour le véritable lecteur l’objet n’a pas son charme. Pourquoi, sinon, garderions-nous des livres sur nos étagères quand il suffit de les emprunter en bibliothèque (et de ne pas s’encombrer au passage) ? Parce que les livres sont aussi un plaisir pour les yeux et que le bonheur d’en ouvrir un au hasard, d’en feuilleter quelques pages remplit le coeur de joie. Un livre papier se prête, s’offre, circule. Il est un lien entre les individus… Je retiens également le dernier argument, de nature économique, cité par Beigbeder dans l’article indiqué ci-dessus. Nous pourrions aussi parler d’écologie mais je me suis promis d’essayer d’écrire des articles courts
Il ne s’agit que d’opinions personnelles, pas de dogmes. Et je préfère me ruiner les reins à porter des cartons de livres à chaque déménagement et réfléchir intensément à la façon de ranger tous ces livres dans un appartement microscopique plutôt que de trimballer une tablette contenant toute ma “bibliothèque”.
Mais ce genre de billet étant dédié à l’écriture, je voudrais revenir désormais sur cet aspect. Comme l’écrit Livres Hebdo, Beigbeder a beau être opposé au livre numérique, son écriture n’en reste pas moins moderne (et c’est d’ailleurs ce supposé paradoxe qui rend l’article intéressant). D’où la question que je me pose : si le livre numérique devait continuer à se développer, cela modifierait-il la façon d’appréhender l’écriture par les écrivains ? Je parlais précédemment du gain de place que permet le numérique mais seriez-vous prêts à lire un pavé sous cette forme ? Je me permets de penser que la lassitude s’installe bien plus vite sur écran qu’avec le livre dans les mains. D’où, peut-être une tentation pour l’écrivain de formater (horreur !) ses écrits en fonction de ce nouveau support… Chapitres courts, phrases simples, développements limités… Et le contenu ? Mais ma bonne dame, cela fait longtemps que l’on s’en fiche !
Il n’y a qu’à prendre l’exemple des blogs. La plupart des articles que l’on y trouve sont courts. Certes, cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont creux (certaines personnes sont plus douées que moi pour la synthèse, du moins à titre personnel, puisque professionnellement parlant, la synthèse est une de mes spécialités. Je sais, c’est à peine croyable…). Mais, proportionnellement, les articles que l’on trouve sur les blogs sont courts ET faiblards pour la simple raison que le blog est un outil favorisant la facilité de communication, pas la profondeur. Or ce que j’attends d’un livre ce n’est pas qu’il soit pratique, ergonomique, léger, et j’en passe. Ce que j’attends d’un livre c’est qu’il m’apporte quelque chose sur un plan intérieur et je crains que la technologie ne suive pas sur cet aspect-là (je parle pour les livres à venir, ceux déjà publiés n’ayant pas été écrits en prenant en compte l’optique numérique/pratique, etc).
Peut-être que je vois les choses de façon trop pessimiste. Tant mieux !
Peut-être que je suis ringarde. Tant pis …
A noter que le prochain Beigbeder sort la semaine prochaine et qu’il est un contrepied à son Dernier inventaire avant liquidation, que j’ai lu il y a quelques mois. Si la bibliothèque ne l’a pas sur ses étagères en moins de six mois, je fais une crise de nerfs en bonne et due forme.
Ceci n’est pas un montage mais bien ma table de chevet, au naturel …
Pendant trois sessions, je vais mettre en valeur un sujet qui me tient profondément à cœur : la liberté d’expression. J’y ai même consacré un petit mémoire, il y a quelques années. Ce mémoire avait pour exergue cette phrase :
« La démocratie ne va pas de soi. Il faut se battre pour elle chaque jour, sinon nous risquons de la perdre. La seule arme dont nous disposions est la loi. » extrait tiré de Léviathan, Paul Auster.
La liberté d’expression est fortement liée à la nature du régime politique d’un Etat et la démocratie (la vraie s’entend, pas celle dont certains Etats se réclament tout en appliquant des mesures qui lui sont contraires) est, à mon sens, le meilleur système politique existant. Néanmoins, mon dernier article de cette série concernera les rapports entre les démocraties et la liberté d’expression.
Je voulais commencer par aborder ce sujet sous un angle a priori simple, en présentant un album jeunesse auquel je tiens énormément, non seulement pour son contenu mais aussi pour les souvenirs qui nous lient.
La rédaction – Antonio Skármeta, illustrations d’Alfonso Ruano
Syros jeunesse / Amnesty International, 2003, 40 pages
Traduction de Marianne Millon (excellente traductrice, au passage)
Pedro vit au Chili une enfance apparemment normale : il va à l’école, joue au foot avec ses copains, etc. Le soir, ses parents écoutent la radio avidement mais leur intérêt lui échappe. Pourtant, certains éléments, vont l’amener à prendre conscience que, dans son pays, il existe un certain danger, difficile à cerner de son point de vue, mais un danger bien réel.
L’essentiel est transmis, suggéré. Cet album fait prendre conscience de l’attitude précautionneuse qu’il faut constamment avoir quand on vit sous une dictature, y compris quand on est un enfant. Or un enfant ne devrait pas être mêlé à la politique, comme le laissent entendre les parents de Pedro à ce dernier. Mais, les dictateurs n’hésitent pas à profiter de l’innocence des enfants pour les manipuler.
Voilà un livre qui non seulement dénonce cela mais qui, en plus, montre que les enfants comprennent intuitivement les non-dits, les dangers, les interdits. Les illustrations témoignent d’une volonté de réalisme, comme s’il s’agissait d’un reportage, afin que l’on n’oublie pas que cette histoire n’est pas qu’une fiction.
C’est un livre dont je recommande vivement la lecture (à partir de 8-9 ans) avec un échange adulte / enfant car il s’avère nécessaire de contextualiser le récit d’un point de vue historique (période Pinochet). Je l’ai testé avec des enfants de 10-11 ans et leur intérêt a dépassé mes espérances. Les enfants s’y intéressent d’autant plus que Pedro est comme eux et ce qu’il vit les interroge, voire leur révèle une réalité dont ils n’avaient pas conscience, enfants bienheureux vivant dans un pays libre… même s’il faut garder à l’esprit les propos cités au début du billet.




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