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La tragédie d’Hamlet, prince de Danemark – William Shakespeare

 

J’ai hésité à présenter cette pièce parce que je me sens toute petite devant l’immense talent de Shakespeare. Je n’essaierai donc pas d’analyser quoi que ce soit mais j’espère donner envie à ceux qui n’ont pas lu ce texte de s’y plonger sans attendre.

Je n’ai pas lu toute l’œuvre de Shakespeare, loin de là, mais lors de ma première rencontre avec Hamlet, j’ai été éblouie ; ce texte qui m’effrayait m’a subjuguée. La relecture que je viens d’en faire fut tout aussi délicieuse… et impressionnante. Shakespeare a un sens de la formule qui semble inné (« La carpe de la vérité se prend à l’hameçon de vos mensonges… », « Qu’on ferme la porte sur lui, pour que sa sottise reste confinée dans sa propre maison ! », « Il faisait sûrement des compliments au sein de sa nourrice avant de le téter. »). La finesse de son écriture me laisse sans voix. Lire Shakespeare, c’est se retrouver confronté à une expérience indicible, c’est toucher du doigt la signification du terme « littérature ». Mes propos n’ont rien à voir avec un quelconque snobisme, ne vous y trompez pas ! Mais il faut reconnaître la grâce quand on la croise et, même si j’essaie de ne pas lire n’importe quoi, je ne rencontre pas un chef d’œuvre à chaque livre lu.

 

Ce qui frappe dans cette pièce, c’est à la fois la densité du propos (chaque mot fait sens),  la fluidité de l’écriture et un aspect psychologique marqué. Mais, plus on lit Shakespeare, plus on se rend compte que ses textes ne sont pas seulement des monuments littéraires effrayants et potentiellement ennuyeux. Il faut savoir que Shakespeare sait faire preuve d’humour, y compris dans ses tragédies, et Hamlet n’échappe pas à la règle alors même qu’en matière de tragédie, je pense que ce texte est sur la première marche du podium shakespearien. Le reste est silence seront d’ailleurs les derniers propos de Hamlet (formule qui pourrait s’appliquer à bien des tragédies), personnage hanté par la mort que ce soit celle de son père, voire la sienne qu’il envisage un instant, sous forme d’un suicide (vous vous souvenez du fameux : être ou ne pas être… ?). En outre, Shakespeare a aussi un côté grivois clairement affiché pour le lecteur attentif et certaines de ses insinuations sont savoureuses. Enfin, les amateurs de surnaturel auront une petite satisfaction lors des apparitions d’un spectre (pour les sorcières, lire notamment Macbeth).

 

Je vous livre quand même un mot sur l’intrigue. Hamlet, prince du Danemark, vient de perdre son père. Son oncle est monté sur le trône et a épousé la mère d’Hamlet. Mais il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark car le décès du père d’Hamlet n’est pas aussi accidentel que le nouveau roi voudrait le faire croire. Le fantôme du père d’Hamlet fait jurer à son fils de le venger. Celui-ci, dans un mouvement de ferveur filiale, jure… mais une fois qu’il prend conscience, et de l’horreur de la situation qui vient de lui être révélée, et de l’acte qu’on lui demande de commettre (un meurtre quand même !), il se sent un peu dépassé car ce n’est décidément pas dans son caractère. Hamlet, dessillé, est profondément écœuré par la nature humaine. Il feindra la folie pour essayer de gagner du temps mais, comme dans toute tragédie, une fois que la machine est lancée, plus rien ne peut arrêter les catastrophes (« Mon destin m’appelle… », « Notre époque est détraquée. Maudite fatalité, que je sois né pour la remettre en ordre ! »). Cela dit, l’intrigue n’est pas caricaturale pour autant et à travers cette pièce, Shakespeare évoque non seulement le Mal mais aussi les façons de le combattre… ou d’y échapper. Hamlet est humain, donc vulnérable, et ses questionnements, son indécision (qui l’irrite : « … la conscience fait de nous tous des lâches… »), sa volonté de s’assurer que sa décision sera juste ne peuvent que toucher le lecteur. Le doute est une poussière qui irrite l’œil de la pensée.

 A ceux qui ne l’ont pas lu, ne laissez pas de place au doute et jetez-vous à l’eau ; vous verrez, “elle est bonne” …

 

Autres extraits :

« [Le] théâtre… a pour objet d’être le miroir de la nature, de montrer à la vertu ses propres traits, à l’infamie sa propre image, et à notre temps même sa forme et ses traits dans la personnification du passé. »

 

« Soyons inflexible, mais non dénaturés ; ayons des poignards dans la voix, mais non dans la main. [ …] Quelques menaces qu’il y ait dans mes paroles, ne consens jamais, mon âme, à les sceller par des actes. »

 

« est-ce l’effet d’un oubli bestial ou d’un scrupule poltron qui me fait réfléchir trop précisément aux conséquences, réflexion qui coupée en quatre, contient un quart de sagesse et trois quarts de lâcheté ?… »

 

Prolongements : RDV dans 15 jours pour évoquer un personnage particulier de cette tragédie.

 

Challenge : Read Me Baby, 1 More Time (à noter que c’est le premier livre que j’avais prévu de relire dans le cadre de ce challenge et que j’ai effectivement relu ! Comme quoi, il ne faut jamais désespérer de ma capacité à respecter un programme ! ).

On remonte encore le temps pour arriver à une de mes trois meilleures lectures de l’an dernier :

Toute passion abolie – Vita Sackville-West
Editions Autrement, 2008, 157 pages

Titre original : All passion spent, tiré de vers de Milton

Ses serviteurs, il peut désormais les renvoyer.
Depuis le grand événement, il a acquis
L’expérience véritable, la paix, la consolation,
Et la sérénité, toute passion abolie.

 

L’intrigue se déroule dans le milieu de la haute aristocratie anglaise du début du XXème. Lord Slane vient de mourir et sa veuve (88 ans) a décidé d’en profiter pour vivre enfin la vie comme elle l’entend, ce qui suppose de larguer les amarres avec ses enfants, une bande d’hypocrites intéressés.

C’est un roman très introspectif mais la vitalité de l’esprit de Lady Slane empêche tout assoupissement. Sa pensée est un heureux mélange d’expérience de la vie et d’idéalisme. Elle revient sur une vie qui n’était pas celle qu’elle aurait choisie mais elle le fait sans amertume et avec une acuité fascinante.

Cette vieille dame considère qu’à son âge, on a le droit de vivre comme on l’entend et c’est ce qu’elle compte faire. En l’occurrence, il s’agit de mener une vie tranquille de contemplation, détachée de ses enfants. La quatrième présente Lady Slane comme étant une personne indigne, ce qui est franchement malvenu ! Si on n’a pas le droit d’être égoïste à 88 ans, c’est à se demander quand on pourra l’être… Cela d’autant plus que Lady Slane a consacré sa vie au service de son mari et de ses enfants. Il ne me semble pas déraisonnable qu’elle veuille vivre selon ses désirs dans le temps qu’il lui reste à vivre.

J’ai beaucoup aimé sa philosophie de la vie, non conventionnelle et faisant la part belle à la simplicité. C’est un livre apaisant, subtil, merveilleusement bien écrit, frais et plein de grâce… j’allais oublier : en prime, il est drôle !

 

Deux extraits dans lesquels je me reconnais :

« J’ai toujours pensé qu’il valait mieux plaire beaucoup à une seule personne, qu’un peu à tout le monde. »

 

« A l’intérieur des gens que j’aime, il me semble toujours détecter quelque chose d’obstiné, allant presque jusqu’à la cruauté. Une sorte de noyau dur, une flamme, une rigueur absolue, un peu comme s’ils étaient déterminés à être fidèles quoi qu’il arrive à leurs engagements. »

 

 

A noter que Vita Sackville-West est à l’origine des célèbres jardins de Sissinghurst (le lien conduit à la galerie de photos et non à la page d’accueil du site). En outre, elle eut une aventure avec Virginia Woolf et cette dernière s’inspira de Vita pour camper le personnage d’Orlando.

Cette semaine, je sors de mes lectures d’ados pour vous présenter un album jeunesse :

Lola-Placard - Corinne Dreyfuss, illustrations de Laurent Rabès-Valton
Thierry Magnier, 2002, 32 pages

 

Lola-Placard broie du noir au milieu de ses tiroirs range-mémoire. Quand elle regarde au fond de ses placards, elle y trouve ce qu’elle y a enfoui : les souvenirs des mauvais soirs, des ogres aux yeux noirs, des désespoirs…

Lola-Placard est un album sur tout ce que l’on enterre en soi et il nous aide à nous libérer de toutes ces horreurs. Il permet aux enfants de grandir et à se sentir mieux, tout simplement.

Cet album est une merveille à tous points de vue. Pour ce qui est de l’aspect graphique, la couverture vous donne une bonne idée du style adopté par Laurent Rabès-Valton. Quant au fond, Corinne Dreyfuss passe par la métaphore des tiroirs, du bazar pour évoquer nos souvenirs, nos troubles. Et le rangement de printemps sera l’occasion pour Lola-Placard de faire un grand nettoyage dans sa VIE.

S’il est vrai que cet album est étrange, il séduit les enfants. En effet, ce livre fait référence à nos peurs, à tout ce qui nous tracasse et il nous donne une clef pour transformer le négatif en positif, pour surmonter ce que l’on garde caché au fond de nos tiroirs et qui vient nous hanter la nuit. Inutile de préciser que ce discours a un grand impact sur les enfants, eux qui ne savent pas nécessairement mettre des mots sur leurs soucis.

Mais cet album a également une grande valeur pour les adultes. Qui n’a pas des doutes, des pensées négatives, des peurs enfouient au fond de soi ? Et cet album qui part d’une situation noire nous conduit sur le chemin du renouveau en rime, clairement et directement. Sa simplicité apparente n’en implique pas moins un fond extrêmement fort, un message d’espoir qui peut toucher tout le monde. En ce qui me concerne, je l’adore et les enfants auxquels j’ai eu l’occasion de le présenter l’ont de suite adopté (attention à ne pas se faire “braquer” le livre par un Stroumpf entreprenant ! ;) ). Il me rappelle des moments forts, vécus dans une autre vie, des moments où vous touchez du doigt la magie des livres, leur pouvoir et leur importance dès le plus jeune âge…

A partir de 4-5 ans.

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Cette géniale illustration n'est pas libre de droits. © Kroustik

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