Sous-titre : New York, mode d’emploi
Livre VII de la série « doubles-jeux ».
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Gotham Handbook – Sophie Calle / Paul Auster
Actes Sud, 1998, 96 pages
Traduction de Christine Le Bœuf
La photo est un montage de la 1ère et de la 4ème de couv’
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Avant de parler de ce livre, quelques précisions sont nécessaires afin de poser le background qui en permettra la compréhension.
Sophie Calle est une photographe et écrivain française dont j’ai entendu parler il y a bien longtemps maintenant par Paul Auster. Cependant, cette artiste étant très particulière, j’avais hésité jusqu’à présent à me pencher sur un de ses ouvrages. En effet, présenter SC comme photographe et écrivain est très réducteur, l’artiste étant polymorphe, utilisant sa vie et celle des autres comme base de ses créations. Le Gotham Handbook était, néanmoins, sur ma liste mentale de livres à lire puisque son titre faisait directement référence à NYC, ville qu’Auster m’a rendue presque familière à travers ses romans.
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Ce livre est le dernier d’une série inspirée par le roman d’Auster, Léviathan. En effet, l’écrivain s’était inspiré de Sophie Calle pour créer l’un de ses personnages. SC a repris cette idée, en l’inversant et en la déclinant. Cette série est donc une façon de mêler la réalité à la fiction dans une sorte de « doubles-jeux ». Je n’ai pas lu les autres livrets mais je suis désormais assez intéressée pour le faire (ce sera peut-être aussi l’occasion de relire Léviathan et de vérifier si je peux améliorer mon rythme de lecture de ce livre…).
Néanmoins, ce septième livret est déconnecté du roman d’Auster et il est tout à fait inutile d’avoir lu Léviathan pour apprécier le Gotham Handbook. La « règle du jeu » est présentée et retrace le parcours de cette série. Il faut garder à l’esprit que le livre n’est pas un livre en tant que tel mais une sorte de compte rendu écrit et photographique du projet poursuivi par SC.
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L’expérience en jeu est donc pour SC de suivre des instructions données par PA et part d’un texte de ce dernier intitulé : « Manuel d’instructions à l’usage personnel de S.C. concernant la façon d’embellir la vie à New York (à sa demande) ».
Suite aux instructions de PA, Sophie Calle débute son expérience par un commentaire qui m’a fait sourire : « Je me demande si Paul Auster a trouvé l’idée de ces instructions concernant la façon d’embellir la vie à New York en étudiant les douze étapes d’un programme des Alcooliques Anonymes, ou bien s’il s’est inspiré de condamnations à des peines d’utilité publique. »
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Je ne vous révèlerai pas les instructions que SC devait suivre mais donnerai simplement mon avis sur l’expérience et le compte rendu qu’elle en fait.
Si contrairement à l’auteur, je ne suis pas du tout portée sur la soumission à des règles imposées par d’autres (suivre des règles établies par moi-même n’est déjà pas toujours aisé !), j’ai vraiment aimé sa façon d’appréhender l’exercice. En vérité, c’est l’esprit même de l’expérience qui m’a plu : comment rendre plus humaine la vie dans une métropole où la plupart des gens s’ignorent. Comment embellir le quotidien des autres et s’enrichir par la même occasion ? Donner et recevoir, certes, mais avant tout : prendre le temps de donner, revoir sa façon d’agir au quotidien, la contrepartie étant l’éventuelle bonne surprise de recevoir à son tour un peu d’humanité.
Mais donner n’est pas simple, exige un minimum d’effort, car il s’agit avant tout de donner de sa personne. Or si Sophie Calle ne me semble pas être une personne particulièrement introvertie, cet exercice lui a demandé un effort et, à lire ses comptes rendus quotidiens, on a le sentiment de lire les rapports d’une élève qui essaie de s’appliquer, de faire de son mieux. C’est ce qui rend ce livre attachant car on se rend compte que le don n’est pas nécessairement reçu de façon positive. Je ne pense pas que ce soit dû à la méchanceté inhérente des Hommes mais au fait que nous avons perdu l’habitude qu’un inconnu nous tende la main. Le citadin a tendance à devenir indifférent à ses semblables ; ce n’est pas nouveau. C’est pourquoi les instructions de Paul Auster visent à recréer du lien entre personnes partageant un même espace et à transformer également cet espace, à se l’approprier et à le partager. Cela n’a l’air de rien et pourtant, c’est un sacré défi !
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Je vous recommande chaudement la lecture de ce livret qui nous renvoie à nous-mêmes sans lourdeur et avec tout le charme de la personnalité de Sophie Calle.
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Provenance : achat 2011
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6 comments
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26/12/2011 at 12:35
Kroustik
Je pense l’avoir déjà lu. J’ai eu l’occasion de voir une exposition sur l’oeuvre de Sophie Calle aussi, ce qui est disons, curieux !
26/12/2011 at 19:34
Flo
Je ne doute pas que voir une de ses expos soit une expérience peu banale ! Le bouquin est vraiment très sympa, cela dit.
Sur GR, tu n’as entré que “Douleur exquise”, donc je ne sais pas pour celui-là.
26/12/2011 at 14:40
keisha
Un peu bizare, non? j’ai lu Leviathan (billet à venir) et appris qu’Auster s’inspirait de SC pour le personnage de l’artiste. A part ça, je ne connais pas SC…
26/12/2011 at 19:43
Flo
Oui, c’est bizarre mais c’est du Sophie Calle, du moins est-ce ainsi que je l’ai toujours perçue, d’où ma réticence à aborder son oeuvre pendant pas mal d’années. Toutefois, ce livre m’a vraiment donné envie de mieux découvrir l’artiste. Je sais que certains de ses projets ne m’intéressent pas mais d’autres me paraissent valoir la peine de se pencher sur eux d’autant plus que SC, bien que partant souvent de ses propres expériences, semble très tournée vers les autres.
J’ai lu “Léviathan” deux fois. La première m’a pris 3 ans (oui, oui…). La seconde, 3 semaines. Je me demande si une troisième lecture pourrait se faire en 3 jours
En attendant, je guette ton billet.
Dans le coffret “doubles-jeux”, Sophie Calle choisit d’inverser les rôles et, dans le premier livret, elle considère que puisque PA s’est inspirée d’elle pour le personnage de Maria, alors elle va s’inspirer de Maria pour modifier sa vie (en résumé). SC fonctionne par expériences et oui, c’est vraisemblablement très spécial mais peut-être aussi passionnant. En tout cas, je compte bien revenir vers elle rapidement.
28/12/2011 at 20:42
annabelle
J’aime beaucoup le travail de Sophie Calle (même si je n’ai jamais encore tenter de décrocher le téléphone dans la cabine sur un pont à Paris!) et je ne regarde jamais les chambres d’hôtel sans une pensée pour celles qu’elle a fouillées… J’ai d’ailleurs insisté en arrivant dans la bibliothèque pour qu’on commande des livres concernant son oeuvre… (si tu veux, j’ai “Sophie Calle, l’art caméléon” si ça t’intéresse… alors cette “association” avec Paul Auster m’interpelle…
Voili voilou, je retourne aux ripailles de fin d’année (pfff, vivement la soupe!)
et je t’embrasse depuis le grand nord!
30/12/2011 at 09:57
Flo
Je ne connaissais pas cette histoire de cabine téléphonique et ça m’intéresse d’autant plus qu’il y en a une également dans le “Gotham Handbook” ! Ca donne presque envie de venir à Paris (et si j’arrive à me motiver pour venir un jour, il faut absolument que tu me montres cette cabine !!).
Merci pour la référence : ma biblio l’a !!! (apparemment, le livre a d’ailleurs été écrit par une universitaire toulousaine). Par contre, je pense commencer par me familiariser un peu plus avec son oeuvre avant de lire un essai (?) à son sujet car je risque de manquer de références.
Si tu es intéressée par le “Gotham Handbook”, je peux te l’envoyer ; il est très fin.