Il est toujours difficile d’évoquer un recueil de nouvelles parce que chaque texte a sa personnalité, son attrait. Les treize histoires qui sont rassemblées ici ont pour point commun d’évoquer les silences, qu’ils soient le fruit de fâcheries, d’une déperdition de sens entre deux êtres ou d’un manque d’audace à aller vers l’autre. Elles nous parlent aussi des douleurs qui sont à l’origine ou qui découlent de ces vides.
A partir de scènes du quotidien, Frédérique Martin nous montre combien nous sommes seuls au plus profond de nous-mêmes, combien il suffirait de peu, parfois, pour que les êtres se rejoignent. Elle nous présente des situations classiques de non-communication mais aussi des silences qui relèvent du refoulement et sont donc si intimes que seules des décisions radicales peuvent y mettre fin. Il y a aussi les silences qui frisent l’autisme, coupant du monde les individus qui en sont porteurs.
A l’exception d’un ou deux textes qui m’ont laissée sur le bord de la route, j’ai vraiment apprécié ce recueil. Frédérique Martin ne fait pas dans l’esbroufe et vise juste. Elle n’a pas la prétention de donner des leçons, mais sait mettre le doigt là où ça fait mal, nous renvoyant parfois à nos comportements mesquins ou lâches qui peuplent l’ordinaire.
Dans ces textes, nous rencontrons des personnages sans doute croisés ailleurs en littérature mais le ton vivifiant qui parcourt ces nouvelles leur donne une saveur renouvelée. On y retrouve le plaisir qu’a l’auteur de lire à haute voix mais aussi sa personnalité, tournée vers la vie et les autres et qui, dès lors, ne peut s’empêcher de souligner dans ses nouvelles tout ce qui va à l’encontre de ces instants de partage entre les êtres.
Je vous engage à découvrir (et plus rapidement que moi qui faisait prendre la poussière à ce recueil depuis 2007 !) une femme qui s’étonne devant cet homme qui est son mari (« Un jour, je n’ai pas été assez attentive sans doute, je me suis retournée et il avait pris vingt ans. »), une autre qui se donne en spectacle pour avoir le sentiment d’exister, un lecteur mystérieux, un enfant mutique, un homme marqué par l’Histoire, une femme de poigne qui remarque que « la meilleure victime que l’on ait sous la main, c’est toujours soi », et bien d’autres encore.
Si ces nouvelles sont rarement tendres dans les faits, elles le sont souvent dans le ton. Elles sont parcourues par une humanité qui nous donnent parfois envie de serrer dans nos bras ces personnages déboussolés, de leur dire que tout va bien se passer, qu’il ne faut pas avoir peur.
Parution : 2005
Editeur : Editions du Rocher
Provenance : PAL ( !!)
Le site de l’auteur



14 comments
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06/05/2011 at 15:34
Syl.
Bonjour Flo, Je lis rarement de nouvelles, mais apparemment c’est un nom à retenir.
Bon WE !
06/05/2011 at 16:08
Flo
J’en lis peu aussi mais j’ai pas mal de recueils dans ma PAL. Mon ancien libraire organise tous les ans une manifestation littéraire autour de la nouvelle et c’est lui qui m’a fait mettre le nez dans ces recueils. Il ne faut pas lire les textes à la suite comme si c’était un roman sinon on ne s’y retrouve pas mais un ou deux par jour est une bonne cadence.
Tu me donnes envie de dédier un billet à ce genre car j’ai lu de très bonnes choses en la matière.
Bon week-end à toi aussi
06/05/2011 at 17:21
Frédérique M
Merci Flo de l’angle par lequel vous abordez ce recueil. Je crois bien qu’à ce jour, vous êtes la seule à évoquer la thématique commune aux textes et aux êtres qui les peuplent.
06/05/2011 at 18:05
Flo
Merci pour la visite. Les personnages rencontrés ne s’effaceront pas de sitôt de ma mémoire. Le fil conducteur m’a semblé bien réel alors même que chaque texte a sa propre histoire et c’est d’ailleurs un autre intérêt du recueil : ne pas avoir le sentiment de lire la même chose d’un texte à l’autre. C’est vraiment une belle réussite.
06/05/2011 at 19:03
Allie
La non-communication aujourd’hui, c’est le mal du siècle… On a jamais été aussi connecté au monde, mais le monde ne se parle plus…
Les petits extraits que tu partages me plaisent beaucoup. Je crois que ça saurait me toucher.
06/05/2011 at 20:44
Flo
En fait, le recueil n’a m’a pas particulièrement semblé orienté vers la non-communication comme mal du siècle. Certaines nouvelles ont effectivement cette connotation mais beaucoup évoquent plutôt le silence entre proches, ce que l’on tait au fond de soi pour ne pas faire de vagues ou alors la rancoeur tue mais bien palpable, la distinction entre la proximité et l’intimité, ce genre de choses. C’est en ce sens que j’écris qu’en définitive on est tout seul et ce n’est pas toujours la faute au monde en marche qui écrase tout sur son passage. Les textes m’ont semblé plus subtils que cette vision des choses, aussi juste soit-elle. Et, il n’en reste pas moins qu’effectivement, cela devrait te toucher
07/05/2011 at 19:45
Villalard Céline
Et moi je vais en rajouter une couche car c’est grâce à ce recueil de nouvelles que j’ai rencontré Frédérique et ce fut une vrai rencontre…. ces nouvelles m’ont toutes plus ou moins bouleversées et touchées… une particulièrement qui faisait écho à un moment de ma vie (“Terminus”), et c’est pour cette raison que je l’ai choisi comme texte à lire à haute voix (ce que je fais en activité annexe). Elle se prête vraiment à la lecture à haute voix car elle a les silences qu’il faut …
Lisez les autre livres de Frédérique, ils sont beaux aussi, et même s’il me semble qu’elle excelle dans la nouvelle, son roman “Femme vacante” est pas mal dans le genre des retombées et silences….
09/05/2011 at 13:14
Flo
Bienvenue Céline !
“Terminus” est très certainement ma nouvelle préférée, même si elle ne correspond pas du tout à ma vie. Elle “sonne” bien en effet.
“Femme vacante” est dans ma pile de livres à lire. J’avais eu l’occasion d’entendre l’auteur en lire des extraits et c’était savoureux. Peut-être que ce roman aura aussi droit à sa chance cette année parmi la centaine de livres en attente de lecture chez moi.
08/05/2011 at 19:53
verveine
La nouvelle est un genre littéraire que j’apprécie de plus en plus. J’essaierai de le trouver dans ma médiathèque de quartier ou chez mes libraires. Tu ne sais pas s’il est sorti en poche?
09/05/2011 at 13:21
Flo
A une période, je m’étais mise à lire des nouvelles, sous l’impulsion de mon ancien libraire, et puis je suis retournée à mon premier amour, le roman. Cependant, j’aime à avoir des recueils “en stock” pour les moments où j’ai besoin de textes courts et d’autres sensations.
“L’écharde du silence” n’existe pas en poche, malheureusement. En revanche, j’ai noté que l’auteur avait sorti une nouvelle, “Le fils prodigue”, récemment (pas lu, pas acheté). Cela peut te donner une idée de son style (peut-être, car ne l’ayant pas lu, je ne sais pas si ce texte est dans la lignée de ceux composant le recueil évoqué ci-dessus. C’est juste une piste si tu ne veux pas trop investir mais tester quand même).
09/05/2011 at 12:20
Theoma
Convaincue, je note ! Et quel titre !
09/05/2011 at 13:22
Flo
Bonne idée ! Tu m’en diras des nouvelles ? Et oui, le titre est vraiment beau … et tout à fait adapté à l’esprit des textes.
16/05/2011 at 15:26
Asphodèle
Moi qui aime les nouvelles (depuis peu d’alleuirs), je m’empresse de noter celles-ci même si je sais que je ne vais pas pouvoir me les procurer de suite. En attendant, merci de m’avoir fait découvrir cette auteure !
16/05/2011 at 19:09
Flo
Je suis sûre que tu as de quoi lire en attendant de te procurer ce recueil
C’est pour cela que la LAL a été inventée. Je lis peu de nouvelles mais, à certaines périodes (pas le temps, manque de concentration, etc) ce format me semble parfait. De fait, j’ai toujours quelques recueils dans ma PAL pour pallier aux envies de textes courts.
Avec plaisir, pour la découverte